Journal du site et du forum Swedenborg


 

 

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Lettre du mois d'avril 2019

Chers amis (es),

    Les enseignements de vie et de sagesse sont un feu que peu d'hommes sont capables d'approcher. Ils bousculent le petit moi terrestre, le confrontant en premier lieu avec sa petitesse et sa condition mortelle. Ils remettent constamment en question ses acquis, l'illusion de ce qu'il croit savoir et posséder, ses valeurs toujours trop égoïstes et souvent opportunistes. Ils l'engagent à faire son introspection, à réévaluer sans cesse tout ce qu'il pense, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait, afin de s'assurer de son intégrité, ce qui va bien au-delà d'une quelconque morale religieuse. Il s'agit bien davantage d'une question de conscience, ou l'on pourrait mieux dire d'hygiène mentale, ou comme le disait mon professeur de méditation : « de transparence à la dimension de l'Être essentiel en soi ». Autant de valeurs d'acquisition qui conditionnent intimement nos destinées terrestres et supraterrestres. Tout cela, bien peu d'hommes sont capables de l'entendre et de le prendre à cœur. Pour ceux qui sont dans le mensonge, la manipulation, la spoliation de leurs prochains, pour leur pouvoir personnel et leur propre profit, ces enseignements leur sont insupportables au plus haut point, suscitant en eux, dans le meilleur des cas indifférence délibérée, dans le pire, haine et colère. Le Bouddha a été empoisonné, Socrate a été condamné à boire la cigüe, le Christ a été crucifié, les philosophes du siècle des Lumières ont régulièrement été accusés d'hérésie, emprisonnés ou exilés (Swedenborg en est un parfait exemple). De nos jours encore, combien de véritables humanistes, de défenseurs des droits de l'homme, de militants de la liberté d'expression, et d'écologistes, sont dans tant de pays persécutés, et parfois même assassinés.

    Il faut savoir qu'il n'y a pas de plus grand bonheur que d'être dans le bien et dans les choses vraies, pas de plus grande extase que de se tenir proche de la Source de vie et de lumière universelle, et que l'incompréhension, le désintérêt, l'oppression, et la mort même ne sont rien en regard de cela. Il n'y a pas de destins plus enviables et plus bénéfiques que ceux-ci.

    J'aimerais partager avec vous les paroles d'un de ces chants que nous élevons en offrande à l'occasion de chaque Huttes-Médecine (sauna amérindien) et méditation d'harmonisation mensuelles. Un chant qui fait une synthèse entre sagesse amérindienne, enseignements du Christ, et promesse eschatologique (doctrines ou croyances qui traitent du sort ultime de l'être humain et du monde) telle que symboliquement exprimée dans l'Apocalypse de Jean, avec en sus, une pointe du célèbre « Candide » de Voltaire, et un adage taoïste. Chant qui a la vertu de résumer en quelques mots l'essentiel du message.

 Le Chant des noces

 

Ô écoute ma voix qui crie dans le désert,
de ce monde soumis à la destruction.

Ouvrez des voies nouvelles qui vous rapprochent,
de la nature notre Mère sacrée.

Car l’homme sage boit son eau à la source,
et cultive son jardin dans le secret.

Celui qui veut venir avec moi,
qu’il renonce d’abord à lui-même.

À quoi sert-il de vouloir gagner le monde,
si c’est pour perdre sa conscience et sa vie.

Larges sont les voies qui mènent à la perte de soi,
étroit et resserré le sentier qui conduit.

Je suis le chemin, la lumière et la vie,
celui qui viendra marcher avec moi,

Je lui donnerai la lumière de la Vie,
il ne connaîtra plus les ténèbres de la mort.

Car je viendrai faire ma demeure en lui,
et nous boirons la coupe d’ivresse et de joie.

Venez, venez, vous tous les assoiffés,
boire à pleine gorgée l’eau de Vie.

Heureux ceux qui lavent leur robe blancheur,
ils mangeront du fruit de l’Arbre de Vie.

Dansez, dansez, dans l’amour et la joie
car voici, l’heure des noces a sonné.

    « Que ceux qui ont des oreilles pour entendre entendent ! » Pour le reste, nous vous informons que notre nouvelle étude intitulée : « Rencontre avec l'Être de Lumière dans les expériences de mort imminente (EMI), à la lueur des enseignements d'Emmanuel Swedenborg sur le Soleil spirituel : un nouveau paradigme pour les temps futurs » sera postée sur le forum dans le courant du mois de mai, et dans quelque temps, publiée sous la forme d'un petit livre d'une centaine de pages. Vous serez successivement informés de ces deux parutions par mail.

    Par ailleurs, nous avons le plaisir de vous informer qu'un « Index des sujets du site et du forum », c'est-à-dire une table des matières de tous les sujets traités, avec leurs liens actifs, est à présent disponible sur la page d'accueil du site. Il en facilitera grandement la navigation, en offrant une vision d'ensemble de tous les thèmes abordés, et en permettant d'accéder avec un clic immédiatement à n'importe lequel d'entre eux.

    Le site vient d'être également doté d'un « Journal du site et du forum » qui compile les « lettres mensuelles » qui vous informent régulièrement (depuis juillet 2018) de la progression des travaux, et qui proposent de surcroît à chaque fois quelques pensées spirituelles.

Tout avec vous, dans le feu des enseignements de vie et de sagesse.

Patrick Duvivier

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Lettre du mois de mai 2019

Chers amis (es),

    J’aimerais soumettre à votre méditation ces trois citations, que je pensais initialement citer dans l’ordre chronologique du temps : 1758, 1989, 2014. Mais j’ai constaté, à leur relecture, une sorte de crescendo, à rebours de leur chronologie temporelle, dans la vision qu’ils nous dévoilent de la nature véritable de nos consciences humaines individuelles. Il est par ailleurs réconfortant de constater que ce qui était considéré, au temps de Swedenborg, comme une assertion purement mystique et déviante de la part du scientifique de renom qu’il était alors - qui ne pouvait encore être admis par la science officielle dominante de la deuxième moitié du vingtième siècle de John Eccles - est de nos jours, comme nous le rapporte si bien Bernard Baudoin, démontré par les travaux de centaines de scientifiques et d’équipes de recherche de par le monde.

    Je suis ému de vous annoncer que nous avons aujourd’hui l’extraordinaire privilège de vivre le triomphe du fabuleux mystère de l’âme humaine, si magnifiquement pressenti par Socrate (voir Le Phédon de Platon) il y a 2400 ans, mais jamais si bien et si simplement exprimé que par Swedenborg en 1758. Mystère de l’âme ou de la conscience individuelle qui a, comme nous le verrons bientôt avec notre récente étude sur « La rencontre avec l’Être de lumière dans les expériences de mort imminente (EMI) », sa racine dans ce qui ne saurait se nommer d’aucun nom, mais que je vous laisserai découvrir à travers les témoignages de plus d’une centaine de personnes tout à fait ordinaires. De surcroît, nous inviterons Swedenborg à y ajouter son « grain de sel », afin que la fête soit complète !

    Cette étude sera très certainement postée dans le forum sur la vie après la mort dans le courant du mois de juin, et publiée dans la foulée sous la forme d’un petit ouvrage d’une centaine de pages. J’ai consacré une partie de ce mois-ci à chercher un financement pour le faire traduire anglais, afin de pouvoir l’éditer sur une plateforme d’autoédition simultanément dans les deux langues.

    « Nombre de scientifiques se rallient aujourd’hui à la théorie selon laquelle l’esprit, la conscience et le « moi » ne sont pas uniquement des sous-produits de l’activité électrochimique du cerveau. Là où la science traditionnelle nous disait auparavant que la conscience résultait du fonctionnement conjoint du cerveau, du corps et du système nerveux – résumé dans la célèbre formule BBNS (Brain, Body and Nervous System) -, nombre de scientifiques éminents envisagent aujourd’hui très sérieusement qu’il puisse y avoir quelque chose d’autre dans l’esprit que simplement le BBNS, quelque chose de l’ordre de « l’âme ». Le cerveau ne serait donc qu’un instrument relayant l’information entre l’extérieur et l’intérieur de l’individu, dans les deux sens, et la conscience, une entité distincte et subtile, interagissant directement avec lui. Comme le disait Sir Oliver Lodge (1841-1950), physicien britannique cofondateur de la société pour la recherche psychique : « La vie et l’esprit n’ont jamais été des fonctions du corps matériel, ils se manifestent par le moyen de l’organisme matériel ». Ce que signifient les résultats des recherches scientifiques les plus récentes, c’est tout simplement que la conscience n’est pas bloquée ou enfermée dans le cerveau : ce dernier ne produit pas la conscience, il n’en est que le réceptacle qui en facilite l’expression. Ils évoquent ainsi la possible existence d’une partie « non physique » de l’individu, qui ne serait pas soumise aux impératifs du temps et de l’espace, et qui aurait de ce fait la capacité à la fois de percevoir d’autres dimensions, mais aussi de « survivre » après la mort physique. »

(« La vie au-delà de la mort. Quand la science trouve des réponses », Bernard Baudouin, Éditions Trajectoire, 2014. Extraits, pages 39, 65, 114, 140, 144.)

    « Je maintiens que le mystère de l’homme est incroyablement diminué (à tort) par le réductionnisme scientifique et sa prétention matérialiste à rendre compte du monde de l’esprit en termes de simple activité neuronale. Une telle croyance ne peut être considérée que comme une superstition. Il ne fait pas de doute que chaque personne humaine reconnaît sa propre unicité et cela est accepté partout comme la base de la vie sociale et de la loi. Si nous demandons sur quoi se fonde cette croyance, la neuroscience moderne élimine toute explication. Une réponse superficiellement plausible à cette énigme consiste à affirmer que le facteur déterminant est l’unicité des expériences accumulées par un Moi au cours de sa vie. Il est bien vrai que notre comportement, nos souvenirs, en fait l’ensemble de notre vie intérieure consciente, dépendent des expériences accumulées pendant notre existence. Mais malgré les changements exigés par les circonstances à un moment donné, on sera toujours le même Moi, capable de retrouver dans sa mémoire sa propre continuité en remontant jusqu’aux souvenirs les plus reculés, vers l’âge d’un an, le même Moi sous des déguisements différents. Il ne peut y avoir élimination du Moi et son remplacement par un nouveau Moi ! Puisque les solutions matérialistes sont incapables d’expliquer notre expérience d’unicité, je me sens contraint d’attribuer l’unicité du Moi (ou de l’âme) à une création spirituelle d’ordre surnaturel. C’est la certitude de l’existence d’un noyau intérieur d’individualité unique qui rend nécessaire l’idée de cette création divine. Je prétends qu'aucune autre explication ne tient. Ni l'unicité génétique avec sa loterie fantastiquement impossible ni les différenciations dues à l'environnement, lesquelles ne déterminent pas l'unicité du Moi, mais ne font que la modifier. Cette conclusion est d'une importance théologique inestimable. Elle renforce notre foi en l'âme humaine et en son origine miraculeuse par création divine. Il nous faut reconnaître que nous sommes des êtres spirituels qui ont chacun une âme et que nous vivons dans un monde spirituel, tout comme il existe des êtres matériels dotés d’un corps et d’un cerveau et vivant dans le monde matériel. Nous pouvons considérer la mort du corps et du cerveau comme la dissolution de notre existence dualiste. L’âme libérée poursuit alors une vie différente, plus profonde, dans le cadre d’une existence renouvelée. »

(Citation du célèbre neurophysiologiste australien, lauréat du prix Nobel de physiologie et de médecine en 1963, Sir John Carew Eccles (1903-1997). « Évolution du cerveau et création de la conscience : à la recherche de la vraie nature de l’homme » (1989), traduction française, Flammarion, Paris 1994.)

    « Il y a trois choses qui constituent tout homme, et qui se suivent en ordre chez lui : l'âme (anima), le mental (mens) et le corps. Son intime est l'âme, son moyen est le mental, et son dernier est le corps. Tout ce qui influe du Divin dans l'homme influe dans son degré le plus intime qui est l'âme, descend de là dans son degré moyen qui est le mental, et par celui-ci dans son dernier, qui est le corps. En un mot, l'âme est l'homme lui-même, parce qu'elle est l'homme intime, cependant elle n'est pas la vie, mais seulement le plus proche réceptacle de la vie procédant du Divin, et ainsi l'habitacle de Dieu. De là elle est l'essence même de la vie chez l'homme. »

(« Du Ciel et de ses merveilles et de l'Enfer d'après ce qui a été entendu et vu », Emmanuel Swedenborg, 1758. Traduction de Le Boys des Guays, revue et corrigée, Paris, 1889. Numéros de chapitres, 101, 315. Édition originale très rare et en nombre limité, en vente sur le site : livres en vente )

Tout avec vous, dans le mystère bientôt dévoilé de notre véritable nature, et de celle de notre univers …

Patrick Duvivier

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Lettre du mois de juin 2019

Chers amis (es),

    « Ce que nous dévoile la physique quantique, et qu’il faut bien considérer comme de nouvelles évidences scientifiques, c’est qu’en dépit des apparences et de ce que nous laissent croire nos cinq sens, sens limités, l’univers dans lequel nous évoluons n’est pas matériellement construit et définitif : il n’est constitué que de « possibilités latentes », non encore manifestées dans le monde sensible. Notre approche de l’univers dans le domaine quantique nous dévoile soudain un pan de la réalité qui nous était jusqu’alors totalement inconnu : tout objet n’est ainsi que potentialités tant que personne n’a décidé de la concevoir, le toucher, le mesurer ; c’est donc l’individu, par sa propre expérience, sa volonté, son désir, qui interagit sur les potentialités, des « états possibles en devenir », et provoque ainsi la concrétisation matérielle.

    Loin d’être figé, l’univers est ainsi caractérisé par un indéterminisme général, une superposition d’états latents, tant que la volonté n’a pas rassemblé certains de ces éléments pour leur donner une forme. En un raccourci un peu rapide et succinct, cela revient à dire que c’est l’intention – par des effets désormais mesurables et statistiquement analysables – qui crée la forme. (…)

    Notre aptitude à enclencher la décision des processus de matérialisation ne serait donc pas très éloignée de ce que l’on désigne génériquement comme étant le « libre-arbitre », permettant à chacun d’orienter personnellement ses choix et son devenir. »

(« La vie au-delà de la mort. Quand la science trouve des réponses », Bernard Baudouin, Éditions Trajectoire, 2014. Extraits, pages 39, 65, 114, 140, 144)

    Voilà une donnée scientifique qui vaut certainement d’être méditée. L’interaction de nos consciences avec la « réalité » qui nous entoure, pourrait bien jouer un rôle bien plus considérable que ce que l’ancienne vision du monde pouvait nous laisser croire. Dans cette perspective, la réalité qui nous environne ne serait qu’un champ de possibilités latentes que seule notre conscience aurait le pouvoir d’objectiver. En un mot notre conscience serait en grande partie responsable (au sens de créatrice) de la réalité qui est la sienne.

    C’est tellement vrai sur le plan humain, où chaque individu, qu’il en soi conscient ou non, crée dans une large mesure la réalité qui est la sienne. À partir de sa culture, de son histoire, mais aussi de ce dont il est porteur, des sentiments qui l’anime, des modes de pensées qui sont les siens, de ses choix et de ses comportements, générant ainsi à peu près autant de « réalités » différentes qu’il existe d’individus sur Terre. C’est encore plus vrai lorsque nos consciences se dégagent de ce plan d’existence matériel, s’affranchissent du lourd fardeau de ce corps physique, pour pénétrer dans des champs de réalité plus subtil.

    J’ai été frappé de régulièrement trouver, dans les nombreux récits de NDE évoqués dans notre récente étude, l’assertion suivante : « Nous sommes tellement plus que ce que nous pensons être ! » Ou encore : « L’univers dépasse totalement tout ce que nous pouvons croire qu’il est ! »

    Il est donc évident que nous sommes, contrairement à ce que nous pourrions croire, le facteur déterminant qui génère et qui oriente, dans une très large mesure, les déterminismes qui nous conditionnent. Ici-bas, en partie, dans l’au-delà, complètement. Soyons donc très vigilant à la pièce que nous allons faire tomber dans la tirelire de nos destins, afin d’être certain de ne pas nous tromper sur la destination du projet de vie qu’elle conditionnera à coup sûr.

    J’avais le projet de poster le texte de notre étude « Rencontre avec l’Être de Lumière dans les NDE », toujours en cours de finition, dans le sous-forum sur la vie après la mort, du forum Swedenborg. En faisant faire un devis pour sa traduction en anglais, j’ai réalisé, à ma plus grande surprise, que le texte en question constituait un livre de 200 à 250 pages. Je ne pourrais donc en publier qu’un résumé raisonnable dans ledit forum, en attendant que le livre soit édité dans les prochains mois, pour ceux qui voudrons faire le plein voyage.

Tout avec vous, sur les chemins du réel !

Patrick Duvivier

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Lettre du mois de juillet 2019

Chers amis (es),

    Dimanche 16 juin dernier, jour de la lune du Soleil, puisque pleine lune du solstice d’été, nous avons perdu, dans des circonstances dramatiques, une personne qui nous était très proche et très chère, avec laquelle nous avions partagé une grande partie de notre quotidien pendant une bonne partie de notre vie. Il s’agissait de notre vieille jument, Volta, qui s’étant brisée les reins au cours une chute accidentelle a dû, après un jour et une nuit de veille autant éprouvante que bouleversante, être abattue.

    Je suis, quelque temps après cet évènement o combien douloureux, tombé sur un très beau texte publié par un de mes prédécesseurs (swedenborgien) :

    « Le sentiment de malaise, pour ne pas dire de répulsion, qu’inspire la mort, résulte de l’ignorance ou du manque de compréhension des enseignements du Christ concernant la nature véritable de notre existence ici-bas, et de la continuation de notre vivante personnalité dans le Monde de l’Au-delà. Mon but serait atteint, mes chers auditeurs, si je pouvais répondre, dans la faiblesse de mes moyens, à tant de voix qui, de nos jours, s’élèvent pour demander ce qui nous attend de l’autre côté du tombeau.

    Cette question est légitime. Jetés, comme nous le sommes, dans le sein de la grande famille humaine, et cela de par une volonté qui nous est étrangère, nous ne goûtons guère sur la Terre de joie plus douce, plus précieuse, plus désirable que celle d’aimer ceux qui nous sont attachés soit par les liens de la chair, soit par la communauté des sentiments et des pensées. Mais cette joie n’est pas sans amertume, car la mort, la mort apparemment implacable et cruelle, la mort qui ne semble ne se laisser en rien fléchir par la douleur des pères et des mères, des parents et des enfants, des amis et des voisins, la mort s’en vient frapper à la porte de nos affections qu’elle déchire, qu’elle dépouille et qu’elle plonge dans le veuvage et la désolation. Et, dans tous les foyers où elle fait son apparition, les mêmes questions se posent, avantageusement résolues sans doute par quelques-uns, mais laissées sans réponse satisfaisante pour le plus grand nombre : qu’est-ce que la mort ? L’anéantissement de l’existence ou bien, au contraire, l’entrée en jouissance d’une autre sphère de la vie et des sensations ? Sommes-nous par elle à tout jamais privés de nos bien-aimés, ou bien les retrouverons-nous et pourrons-nous jouir encore de leur présence, de l’autre côté du voile de la chair ?

    Le Christ s’est efforcé de nous faire comprendre ce qu’est la mort et de nous délivrer de toutes craintes à ce sujet. Il l’a comparé au grain de blé qui doit mourir pour que la plante puisse croître et se développer. La plante est à sa graine ce que l’homme en tant qu’esprit est au corps naturel.

    Chaque insecte et chaque oiseau passe par une métamorphose qui peut nous servir de symbole allégorique. Le papillon existe d’abord sous la forme de chenille, puis de chrysalide. La chenille n’est pas l’insecte, elle doit mourir pour que le papillon vive. L’oiseau est formé dans l’œuf qu’il doit briser et dont il doit sortir afin de prendre son envol. Il n’est qu’en germe dans l’œuf qui ne tarde pas à disparaître. Il en est de même pour l’homme qui acquiert ses facultés et sa forme spirituelle, dans le corps matériel, et dont le corps spirituel se dégage quand le temps est arrivé.

    Le corps spirituel ou l’âme est donc bien l’homme lui-même, l’homme qui au moment de sa résurrection se dépouille de son corps de chair. De même que le scaphandrier se débarrasse avec joie de son lourd et gênant équipement quand il remonte à la surface de l’eau, de même aussi, au moment de la résurrection, alors que nous avons le privilège de pénétrer dans la pure et délicieuse atmosphère du monde spirituel, nous sommes heureux de nous débarrasser du corps qui nous a servi de vêtement temporaire.

    La semence meurt quand la plante en sort et commence à croître. La chrysalide périt quand le papillon voit le jour. L’œuf se brise quand l’oiseau prend vie. C’est la résurrection de l’homme, c’est-à-dire son départ hors du corps matériel qui cause la mort de ce corps.

    La mort et la résurrection sont donc les deux faces d’un seul phénomène. »

(La Mort et la Résurrection, les deux faces d’un même phénomène. Conférence faite à Lausanne, Paris et Genève, par G. E. Regamey, 1926. Pages 1-2, 6, 9-10.)

    Soulignons que le mot ressusciter en grec signifie littéralement : action de se dresser, de se redresser, de se mettre debout, de se relever ; et par extension en latin : de se réveiller, de sortir de sa torpeur, de reprendre ses forces, d’être ranimé, renouvelé, de revivre, de renaître, d’être ramené de la mort à la vie.

    La vie est une lente transformation dont la mort est l’ultime métamorphose, tout simplement. Et ce cycle qui nous fait passer de la vie terrestre à la vie spirituelle dans un au-delà de ce monde est, on ne peut plus "naturel", en ce sens qu’il s’inscrit dans la dynamique même de cette Création, dont il est un des principaux leviers évolutifs, alors, pourquoi en avoir si peur ?

    Il y a un autre mot, lui aussi chargé de religieux, et qui fait, à tort ou à raison, lui aussi peur à beaucoup de nos contemporains, c’est le mot foi. Il faut savoir que ce mot veut initialement dire en grec : faire confiance, avoir confiance.

    Notre jument, Volta, a vécu une longue et belle vie, soit, parfois laborieuse, mais souvent aussi pleine de plaisirs, de joie, de bons et de beaux moments. Comme nous, elle avait sa personnalité, son individualité ; comme nous, à n’en point douter, elle avait une conscience, un esprit, une âme. Comme nous, à travers cette existence terrestre, elle a grandi, elle a évolué, et elle a acquis une forme de sagesse. Quelque peu impulsive et parfois caractérielle dans sa jeunesse, elle a fini par être pleine de douceur et d’affection pour nous, et sa compagne de vie adoptive, Silice. Elle nous a remercié de mille façons d’avoir pris soin d’elle, de l’avoir soigné au mieux lorsqu’elle était malade ou blessée, de lui avoir donné une belle et douce retraite, dont elle a profité avec contentement.

    Je me souviendrais toute ma vie de cette dernière nuit passée auprès d’elle, allongée sur le flanc à nous regarder avec ses grands yeux si profonds. Du silence absolu qui régnait sur notre immense paysage de montagnes, couronné du doux scintillement de milliers d’étoiles, et de cette lourde et pure pleine lune solsticiale. De cette profonde intimité que nous avons partagé tous les quatre, rythmée par le souffle de sa respiration, qui tantôt s’éloignait à la limite de ce monde, pour revenir en de grands soupirs nous insuffler son souffle chaud et encore plein de vie. Lorsque les premiers rayons du soleil sont de nouveau venus caresser sa belle robe isabelle, elle s’est éteinte à ce monde, nous laissant seuls et désespérés de l’avoir perdu, pour toujours.

    Elle est partie rejoindre les prairies fleuries éternelles, où elle a retrouvé sa pleine liberté, retrouvé tous les siens, son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, son petit poulain mort-né. Volta avait trente-deux ans, elle nous a donnée près de trente années de bonheur, et nous la rejoindrons bientôt, dans les prés verdoyants et dans les herbes ondoyantes d’une civilisation qui n’a besoin de rien d’autre que d’attention, de douceur et d’amour, ainsi qu’un peu de bon vent !

    Je tiens à remercier ici tous nos proches, qui sont aussitôt venus nous soutenir et nous accompagner dans cette douloureuse épreuve, pour nous prêter main-forte afin de lui offrir une belle tombe, à celui qui nous a permis d’abréger ses souffrances, et à celles qui nous ont donné d’offrir un nouveau compagnon à notre jeune jument qui, ayant perdu sa mère adoptive, avait tant de tristesse. Il n’y a rien de plus précieux en cette vie que d’être ainsi présent les uns aux autres, dans cette entraide qui met à bas les pouvoirs d’égoïsme et d’indifférence qui sont en train de dévorer le monde.

Tout avec vous,

Patrick Duvivier

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