Journal du site et du forum Swedenborg


 

 

Si vous souhaitez recevoir notre lettre mensuelle directement
envoyez votre adresse mail à :
chrysalissaorge@gmail.com


Lettre du mois d'avril 2019

Chers amis (es),

    Les enseignements de vie et de sagesse sont un feu que peu d'hommes sont capables d'approcher. Ils bousculent le petit moi terrestre, le confrontant en premier lieu avec sa petitesse et sa condition mortelle. Ils remettent constamment en question ses acquis, l'illusion de ce qu'il croit savoir et posséder, ses valeurs toujours trop égoïstes et souvent opportunistes. Ils l'engagent à faire son introspection, à réévaluer sans cesse tout ce qu'il pense, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait, afin de s'assurer de son intégrité, ce qui va bien au-delà d'une quelconque morale religieuse. Il s'agit bien davantage d'une question de conscience, ou l'on pourrait mieux dire d'hygiène mentale, ou comme le disait mon professeur de méditation : « de transparence à la dimension de l'Être essentiel en soi ». Autant de valeurs d'acquisition qui conditionnent intimement nos destinées terrestres et supraterrestres. Tout cela, bien peu d'hommes sont capables de l'entendre et de le prendre à cœur. Pour ceux qui sont dans le mensonge, la manipulation, la spoliation de leurs prochains, pour leur pouvoir personnel et leur propre profit, ces enseignements leur sont insupportables au plus haut point, suscitant en eux, dans le meilleur des cas indifférence délibérée, dans le pire, haine et colère. Le Bouddha a été empoisonné, Socrate a été condamné à boire la cigüe, le Christ a été crucifié, les philosophes du siècle des Lumières ont régulièrement été accusés d'hérésie, emprisonnés ou exilés (Swedenborg en est un parfait exemple). De nos jours encore, combien de véritables humanistes, de défenseurs des droits de l'homme, de militants de la liberté d'expression, et d'écologistes, sont dans tant de pays persécutés, et parfois même assassinés.

    Il faut savoir qu'il n'y a pas de plus grand bonheur que d'être dans le bien et dans les choses vraies, pas de plus grande extase que de se tenir proche de la Source de vie et de lumière universelle, et que l'incompréhension, le désintérêt, l'oppression, et la mort même ne sont rien en regard de cela. Il n'y a pas de destins plus enviables et plus bénéfiques que ceux-ci.

    J'aimerais partager avec vous les paroles d'un de ces chants que nous élevons en offrande à l'occasion de chaque Huttes-Médecine (sauna amérindien) et méditation d'harmonisation mensuelles. Un chant qui fait une synthèse entre sagesse amérindienne, enseignements du Christ, et promesse eschatologique (doctrines ou croyances qui traitent du sort ultime de l'être humain et du monde) telle que symboliquement exprimée dans l'Apocalypse de Jean, avec en sus, une pointe du célèbre « Candide » de Voltaire, et un adage taoïste. Chant qui a la vertu de résumer en quelques mots l'essentiel du message.

 Le Chant des noces

 

Ô écoute ma voix qui crie dans le désert,
de ce monde soumis à la destruction.

Ouvrez des voies nouvelles qui vous rapprochent,
de la nature notre Mère sacrée.

Car l’homme sage boit son eau à la source,
et cultive son jardin dans le secret.

Celui qui veut venir avec moi,
qu’il renonce d’abord à lui-même.

À quoi sert-il de vouloir gagner le monde,
si c’est pour perdre sa conscience et sa vie.

Larges sont les voies qui mènent à la perte de soi,
étroit et resserré le sentier qui conduit.

Je suis le chemin, la lumière et la vie,
celui qui viendra marcher avec moi,

Je lui donnerai la lumière de la Vie,
il ne connaîtra plus les ténèbres de la mort.

Car je viendrai faire ma demeure en lui,
et nous boirons la coupe d’ivresse et de joie.

Venez, venez, vous tous les assoiffés,
boire à pleine gorgée l’eau de Vie.

Heureux ceux qui lavent leur robe blancheur,
ils mangeront du fruit de l’Arbre de Vie.

Dansez, dansez, dans l’amour et la joie
car voici, l’heure des noces a sonné.

    « Que ceux qui ont des oreilles pour entendre entendent ! » Pour le reste, nous vous informons que notre nouvelle étude intitulée : « Rencontre avec l'Être de Lumière dans les expériences de mort imminente (EMI), à la lueur des enseignements d'Emmanuel Swedenborg sur le Soleil spirituel : un nouveau paradigme pour les temps futurs » sera postée sur le forum dans le courant du mois de mai, et dans quelque temps, publiée sous la forme d'un petit livre d'une centaine de pages. Vous serez successivement informés de ces deux parutions par mail.

    Par ailleurs, nous avons le plaisir de vous informer qu'un « Index des sujets du site et du forum », c'est-à-dire une table des matières de tous les sujets traités, avec leurs liens actifs, est à présent disponible sur la page d'accueil du site. Il en facilitera grandement la navigation, en offrant une vision d'ensemble de tous les thèmes abordés, et en permettant d'accéder avec un clic immédiatement à n'importe lequel d'entre eux.

    Le site vient d'être également doté d'un « Journal du site et du forum » qui compile les « lettres mensuelles » qui vous informent régulièrement (depuis juillet 2018) de la progression des travaux, et qui proposent de surcroît à chaque fois quelques pensées spirituelles.

Tout avec vous, dans le feu des enseignements de vie et de sagesse.

Patrick Duvivier

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Lettre du mois de mai 2019

Chers amis (es),

    J’aimerais soumettre à votre méditation ces trois citations, que je pensais initialement citer dans l’ordre chronologique du temps : 1758, 1989, 2014. Mais j’ai constaté, à leur relecture, une sorte de crescendo, à rebours de leur chronologie temporelle, dans la vision qu’ils nous dévoilent de la nature véritable de nos consciences humaines individuelles. Il est par ailleurs réconfortant de constater que ce qui était considéré, au temps de Swedenborg, comme une assertion purement mystique et déviante de la part du scientifique de renom qu’il était alors - qui ne pouvait encore être admis par la science officielle dominante de la deuxième moitié du vingtième siècle de John Eccles - est de nos jours, comme nous le rapporte si bien Bernard Baudoin, démontré par les travaux de centaines de scientifiques et d’équipes de recherche de par le monde.

    Je suis ému de vous annoncer que nous avons aujourd’hui l’extraordinaire privilège de vivre le triomphe du fabuleux mystère de l’âme humaine, si magnifiquement pressenti par Socrate (voir Le Phédon de Platon) il y a 2400 ans, mais jamais si bien et si simplement exprimé que par Swedenborg en 1758. Mystère de l’âme ou de la conscience individuelle qui a, comme nous le verrons bientôt avec notre récente étude sur « La rencontre avec l’Être de lumière dans les expériences de mort imminente (EMI) », sa racine dans ce qui ne saurait se nommer d’aucun nom, mais que je vous laisserai découvrir à travers les témoignages de plus d’une centaine de personnes tout à fait ordinaires. De surcroît, nous inviterons Swedenborg à y ajouter son « grain de sel », afin que la fête soit complète !

    Cette étude sera très certainement postée dans le forum sur la vie après la mort dans le courant du mois de juin, et publiée dans la foulée sous la forme d’un petit ouvrage d’une centaine de pages. J’ai consacré une partie de ce mois-ci à chercher un financement pour le faire traduire anglais, afin de pouvoir l’éditer sur une plateforme d’autoédition simultanément dans les deux langues.

    « Nombre de scientifiques se rallient aujourd’hui à la théorie selon laquelle l’esprit, la conscience et le « moi » ne sont pas uniquement des sous-produits de l’activité électrochimique du cerveau. Là où la science traditionnelle nous disait auparavant que la conscience résultait du fonctionnement conjoint du cerveau, du corps et du système nerveux – résumé dans la célèbre formule BBNS (Brain, Body and Nervous System) -, nombre de scientifiques éminents envisagent aujourd’hui très sérieusement qu’il puisse y avoir quelque chose d’autre dans l’esprit que simplement le BBNS, quelque chose de l’ordre de « l’âme ». Le cerveau ne serait donc qu’un instrument relayant l’information entre l’extérieur et l’intérieur de l’individu, dans les deux sens, et la conscience, une entité distincte et subtile, interagissant directement avec lui. Comme le disait Sir Oliver Lodge (1841-1950), physicien britannique cofondateur de la société pour la recherche psychique : « La vie et l’esprit n’ont jamais été des fonctions du corps matériel, ils se manifestent par le moyen de l’organisme matériel ». Ce que signifient les résultats des recherches scientifiques les plus récentes, c’est tout simplement que la conscience n’est pas bloquée ou enfermée dans le cerveau : ce dernier ne produit pas la conscience, il n’en est que le réceptacle qui en facilite l’expression. Ils évoquent ainsi la possible existence d’une partie « non physique » de l’individu, qui ne serait pas soumise aux impératifs du temps et de l’espace, et qui aurait de ce fait la capacité à la fois de percevoir d’autres dimensions, mais aussi de « survivre » après la mort physique. »

(« La vie au-delà de la mort. Quand la science trouve des réponses », Bernard Baudouin, Éditions Trajectoire, 2014. Extraits, pages 39, 65, 114, 140, 144.)

    « Je maintiens que le mystère de l’homme est incroyablement diminué (à tort) par le réductionnisme scientifique et sa prétention matérialiste à rendre compte du monde de l’esprit en termes de simple activité neuronale. Une telle croyance ne peut être considérée que comme une superstition. Il ne fait pas de doute que chaque personne humaine reconnaît sa propre unicité et cela est accepté partout comme la base de la vie sociale et de la loi. Si nous demandons sur quoi se fonde cette croyance, la neuroscience moderne élimine toute explication. Une réponse superficiellement plausible à cette énigme consiste à affirmer que le facteur déterminant est l’unicité des expériences accumulées par un Moi au cours de sa vie. Il est bien vrai que notre comportement, nos souvenirs, en fait l’ensemble de notre vie intérieure consciente, dépendent des expériences accumulées pendant notre existence. Mais malgré les changements exigés par les circonstances à un moment donné, on sera toujours le même Moi, capable de retrouver dans sa mémoire sa propre continuité en remontant jusqu’aux souvenirs les plus reculés, vers l’âge d’un an, le même Moi sous des déguisements différents. Il ne peut y avoir élimination du Moi et son remplacement par un nouveau Moi ! Puisque les solutions matérialistes sont incapables d’expliquer notre expérience d’unicité, je me sens contraint d’attribuer l’unicité du Moi (ou de l’âme) à une création spirituelle d’ordre surnaturel. C’est la certitude de l’existence d’un noyau intérieur d’individualité unique qui rend nécessaire l’idée de cette création divine. Je prétends qu'aucune autre explication ne tient. Ni l'unicité génétique avec sa loterie fantastiquement impossible ni les différenciations dues à l'environnement, lesquelles ne déterminent pas l'unicité du Moi, mais ne font que la modifier. Cette conclusion est d'une importance théologique inestimable. Elle renforce notre foi en l'âme humaine et en son origine miraculeuse par création divine. Il nous faut reconnaître que nous sommes des êtres spirituels qui ont chacun une âme et que nous vivons dans un monde spirituel, tout comme il existe des êtres matériels dotés d’un corps et d’un cerveau et vivant dans le monde matériel. Nous pouvons considérer la mort du corps et du cerveau comme la dissolution de notre existence dualiste. L’âme libérée poursuit alors une vie différente, plus profonde, dans le cadre d’une existence renouvelée. »

(Citation du célèbre neurophysiologiste australien, lauréat du prix Nobel de physiologie et de médecine en 1963, Sir John Carew Eccles (1903-1997). « Évolution du cerveau et création de la conscience : à la recherche de la vraie nature de l’homme » (1989), traduction française, Flammarion, Paris 1994.)

    « Il y a trois choses qui constituent tout homme, et qui se suivent en ordre chez lui : l'âme (anima), le mental (mens) et le corps. Son intime est l'âme, son moyen est le mental, et son dernier est le corps. Tout ce qui influe du Divin dans l'homme influe dans son degré le plus intime qui est l'âme, descend de là dans son degré moyen qui est le mental, et par celui-ci dans son dernier, qui est le corps. En un mot, l'âme est l'homme lui-même, parce qu'elle est l'homme intime, cependant elle n'est pas la vie, mais seulement le plus proche réceptacle de la vie procédant du Divin, et ainsi l'habitacle de Dieu. De là elle est l'essence même de la vie chez l'homme. »

(« Du Ciel et de ses merveilles et de l'Enfer d'après ce qui a été entendu et vu », Emmanuel Swedenborg, 1758. Traduction de Le Boys des Guays, revue et corrigée, Paris, 1889. Numéros de chapitres, 101, 315. Édition originale très rare et en nombre limité, en vente sur le site : livres en vente )

Tout avec vous, dans le mystère bientôt dévoilé de notre véritable nature, et de celle de notre univers …

Patrick Duvivier

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Lettre du mois de juin 2019

Chers amis (es),

    « Ce que nous dévoile la physique quantique, et qu’il faut bien considérer comme de nouvelles évidences scientifiques, c’est qu’en dépit des apparences et de ce que nous laissent croire nos cinq sens, sens limités, l’univers dans lequel nous évoluons n’est pas matériellement construit et définitif : il n’est constitué que de « possibilités latentes », non encore manifestées dans le monde sensible. Notre approche de l’univers dans le domaine quantique nous dévoile soudain un pan de la réalité qui nous était jusqu’alors totalement inconnu : tout objet n’est ainsi que potentialités tant que personne n’a décidé de la concevoir, le toucher, le mesurer ; c’est donc l’individu, par sa propre expérience, sa volonté, son désir, qui interagit sur les potentialités, des « états possibles en devenir », et provoque ainsi la concrétisation matérielle.

    Loin d’être figé, l’univers est ainsi caractérisé par un indéterminisme général, une superposition d’états latents, tant que la volonté n’a pas rassemblé certains de ces éléments pour leur donner une forme. En un raccourci un peu rapide et succinct, cela revient à dire que c’est l’intention – par des effets désormais mesurables et statistiquement analysables – qui crée la forme. (…)

    Notre aptitude à enclencher la décision des processus de matérialisation ne serait donc pas très éloignée de ce que l’on désigne génériquement comme étant le « libre-arbitre », permettant à chacun d’orienter personnellement ses choix et son devenir. »

(« La vie au-delà de la mort. Quand la science trouve des réponses », Bernard Baudouin, Éditions Trajectoire, 2014. Extraits, pages 39, 65, 114, 140, 144)

    Voilà une donnée scientifique qui vaut certainement d’être méditée. L’interaction de nos consciences avec la « réalité » qui nous entoure, pourrait bien jouer un rôle bien plus considérable que ce que l’ancienne vision du monde pouvait nous laisser croire. Dans cette perspective, la réalité qui nous environne ne serait qu’un champ de possibilités latentes que seule notre conscience aurait le pouvoir d’objectiver. En un mot notre conscience serait en grande partie responsable (au sens de créatrice) de la réalité qui est la sienne.

    C’est tellement vrai sur le plan humain, où chaque individu, qu’il en soit conscient ou non, crée dans une large mesure la réalité qui est la sienne. À partir de sa culture, de son histoire, mais aussi de ce dont il est porteur, des sentiments qui l’animent, des modes de pensées qui sont les siens, de ses choix et de ses comportements, générant ainsi à peu près autant de « réalités » différentes qu’il existe d’individus sur Terre. C’est encore plus vrai lorsque nos consciences se dégagent de ce plan d’existence matériel, s’affranchissent du lourd fardeau de ce corps physique, pour pénétrer dans des champs de réalité plus subtile.

    J’ai été frappé de régulièrement trouver, dans les nombreux récits de NDE évoqués dans notre récente étude, l’assertion suivante : « Nous sommes tellement plus que ce que nous pensons être ! » Ou encore : « L’univers dépasse totalement tout ce que nous pouvons croire qu’il est ! »

    Il est donc évident que nous sommes, contrairement à ce que nous pourrions croire, le facteur déterminant qui génère et qui oriente, dans une très large mesure, les déterminismes qui nous conditionnent. Ici-bas, en partie, dans l’au-delà, complètement. Soyons donc très vigilants à la pièce que nous allons faire tomber dans la tirelire de nos destins, afin d’être certains de ne pas nous tromper sur la destination du projet de vie qu’elle conditionnera à coup sûr.

    J’avais le projet de poster le texte de notre étude « Rencontre avec l’Être de Lumière dans les NDE », toujours en cours de finition, dans le sous-forum sur la vie après la mort, du forum Swedenborg. En faisant faire un devis pour sa traduction en anglais, j’ai réalisé, à ma plus grande surprise, que le texte en question constituait un livre de 200 à 250 pages. Je ne pourrai donc en publier qu’un résumé raisonnable dans ledit forum, en attendant que le livre soit édité dans les prochains mois, pour ceux qui voudront faire le plein voyage.

Tout avec vous, sur les chemins du réel !

Patrick Duvivier

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Lettre du mois de juillet 2019

Chers amis (es),

    Dimanche 16 juin dernier, jour de la lune du Soleil, puisque pleine lune du solstice d’été, nous avons perdu, dans des circonstances dramatiques, une personne qui nous était très proche et très chère, avec laquelle nous avions partagé une grande partie de notre quotidien pendant une bonne partie de notre vie. Il s’agissait de notre vieille jument, Volta, qui s’étant brisée les reins au cours une chute accidentelle a dû, après un jour et une nuit de veille autant éprouvante que bouleversante, être abattue.

    Je suis tombé, quelque temps après cet évènement ô combien douloureux, sur un très beau texte publié par un de mes prédécesseurs (swedenborgien) :

    « Le sentiment de malaise, pour ne pas dire de répulsion, qu’inspire la mort, résulte de l’ignorance ou du manque de compréhension des enseignements du Christ concernant la nature véritable de notre existence ici-bas, et de la continuation de notre vivante personnalité dans le Monde de l’Au-delà. Mon but serait atteint, mes chers auditeurs, si je pouvais répondre, dans la faiblesse de mes moyens, à tant de voix qui, de nos jours, s’élèvent pour demander ce qui nous attend de l’autre côté du tombeau.

    Cette question est légitime. Jetés, comme nous le sommes, dans le sein de la grande famille humaine, et cela de par une volonté qui nous est étrangère, nous ne goûtons guère sur la Terre de joie plus douce, plus précieuse, plus désirable que celle d’aimer ceux qui nous sont attachés soit par les liens du corps, soit par la communauté des sentiments et des pensées. Mais cette joie n’est pas sans amertume, car la mort, la mort apparemment implacable et cruelle, la mort qui ne semble ne se laisser en rien fléchir par la douleur des pères et des mères, des parents et des enfants, des amis et des voisins, la mort s’en vient frapper à la porte de nos affections qu’elle déchire, qu’elle dépouille et qu’elle plonge dans le veuvage et la désolation. Et, dans tous les foyers où elle fait son apparition, les mêmes questions se posent, avantageusement résolues sans doute par quelques-uns, mais laissées sans réponse satisfaisante pour le plus grand nombre : qu’est-ce que la mort ? L’anéantissement de l’existence ou bien, au contraire, l’entrée en jouissance d’une autre sphère de la vie et des sens ? Sommes-nous par elle à tout jamais privés de nos bien-aimés, ou bien les retrouverons-nous et pourrons-nous jouir encore de leur présence, de l’autre côté du voile de ce monde ?

    Le Christ s’est efforcé de nous faire comprendre ce qu’est la mort et de nous délivrer de toutes craintes à ce sujet. Il l’a comparé au grain de blé qui doit mourir pour que la plante puisse croître et se développer (1). La plante est à sa graine ce que l’homme en tant qu’esprit est au corps naturel.

    Chaque insecte et chaque oiseau passe par une métamorphose qui peut nous servir d'image symbolique. Le papillon existe d’abord sous la forme de chenille, puis de chrysalide. La chenille n’est pas l’insecte, elle doit mourir pour que le papillon vive. L’oiseau est formé dans l’œuf qu’il doit briser et dont il doit sortir afin de prendre son envol. Il n’est qu’en germe dans l’œuf qui ne tarde pas à disparaître. Il en est de même pour l’homme qui acquiert ses facultés et sa forme spirituelle, dans le corps matériel, et dont le corps spirituel se dégage quand le temps est arrivé.

    Le corps spirituel ou l’âme est donc bien l’homme lui-même, l’homme qui au moment de sa résurrection se dépouille de son corps de chair. De même que le scaphandrier se débarrasse avec joie de son lourd et gênant équipement quand il remonte à la surface de l’eau, de même aussi, au moment de la résurrection, alors que nous avons le privilège de pénétrer dans la pure et délicieuse atmosphère du monde spirituel, nous sommes heureux de nous débarrasser du corps qui nous a servi de vêtement temporaire.

    La semence meurt quand la plante en sort et commence à croître. La chrysalide périt quand le papillon voit le jour. L’œuf se brise quand l’oiseau prend vie. C’est la résurrection de l’homme, c’est-à-dire son départ hors du corps matériel qui cause la mort de ce corps.

    La mort et la résurrection sont donc les deux faces d’un seul phénomène. »

(La Mort et la Résurrection, les deux faces d’un même phénomène. Conférence faite à Lausanne, Paris et Genève, par Gustave E. Regamey, 1926. Pages 1-2, 6, 9-10.)

    Soulignons que le mot ressusciter en grec signifie littéralement : action de se dresser, de se redresser, de se mettre debout, de se relever ; et par extension en latin : de se réveiller, de sortir de sa torpeur, de reprendre ses forces, d’être ranimé, renouvelé, de revivre, de renaître, d’être ramené de la mort à la vie.

    La vie est une lente transformation dont la mort est l’ultime métamorphose, tout simplement. Et ce cycle qui nous fait passer de la vie terrestre à la vie spirituelle dans un au-delà de ce monde est, on ne peut plus « naturel », en ce sens qu’il s’inscrit dans la dynamique même de cette Création, dont il est l'un des principaux leviers évolutifs, alors, pourquoi en avoir si peur ?

    Il y a un autre mot, lui aussi chargé de religieux, et qui fait, à tort ou à raison, également peur à beaucoup de nos contemporains, c’est le mot foi. Il faut savoir que ce mot veut initialement dire en grec : faire confiance, avoir confiance.

    Notre jument, Volta, a vécu une longue et belle vie, soit, parfois laborieuse, mais souvent aussi pleine de plaisirs, de joie, de bons et de beaux moments. Comme nous, elle avait sa personnalité, son individualité ; comme nous, à n’en point douter, elle avait une conscience, un esprit, une âme. Comme nous, à travers cette existence terrestre, elle a grandi, elle a évolué, et elle a acquis une forme de sagesse. Quelque peu impulsive et parfois caractérielle dans sa jeunesse, elle a fini par être pleine de douceur et d’affection pour nous, et sa compagne de vie adoptive, Silice. Elle nous a remercié de mille façons d’avoir pris soin d’elle, de l’avoir soigné au mieux lorsqu’elle était malade ou blessée, de lui avoir donné une belle et douce retraite, dont elle a profité avec contentement.

    Je me souviendrai toute ma vie de cette dernière nuit passée auprès d’elle, allongée sur le flanc à nous regarder avec ses grands yeux si profonds. Du silence absolu qui régnait sur notre immense paysage de montagnes, couronné du doux scintillement de milliers d’étoiles, et de cette lourde et pure pleine lune solsticiale. De cette profonde intimité que nous avons partagée tous les quatre, rythmée par le souffle de sa respiration, qui tantôt s’éloignait à la limite de ce monde, pour revenir en de grands soupirs nous insuffler son souffle chaud et encore plein de vie. Lorsque les premiers rayons du soleil sont de nouveau venus caresser sa belle robe isabelle, elle s’est éteinte à ce monde, nous laissant seuls et désespérés de l’avoir perdue, pour toujours.

    Elle est partie rejoindre les prairies fleuries éternelles, où elle a retrouvé sa pleine liberté, retrouvé tous les siens, son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, son petit poulain mort-né. Volta avait trente-deux ans, elle nous a donné près de trente années de bonheur, et nous la rejoindrons bientôt, dans les prés verdoyants et dans les herbes ondoyantes d’une civilisation qui n’a besoin de rien d’autre que d’attention, de douceur et d’amour, ainsi qu’un peu de bon vent !

    Je tiens à remercier ici tous nos proches, qui sont aussitôt venus nous soutenir et nous accompagner dans cette poignante épreuve, pour nous prêter main-forte afin de lui offrir une belle tombe, à celui qui nous a permis d’abréger ses souffrances, et à celles qui nous ont donné d’offrir un nouveau compagnon à notre jeune jument qui, ayant perdu sa mère adoptive, avait tant de tristesse. Il n’y a rien de plus précieux en cette vie que d’être ainsi présent les uns aux autres, dans cette entraide qui met à bas les pouvoirs d’égoïsme et d’indifférence qui sont en train de dévorer le monde.

Tout avec vous,

Patrick Duvivier

Notes :

(1) « Eh bien oui, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste tout seul, mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit. » (Jean 12, 24)

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Lettre du mois d'août 2019

Chers amis (es),

    J'aimerais tout d'abord remercier les nombreux amis qui, suite à la lettre du mois dernier intitulée : « la chenille n'est pas le papillon », nous ont envoyé un message d'affection et de soutien qui nous a vraiment fait chaud au cœur. Je voudrais également m'excuser de ne pas leur avoir répondu. J'ai dû mettre, depuis le mois de mars dernier, presque complètement de côté le site et le forum Swedenborg, ainsi que l'important courrier qu'ils génèrent, pour consacrer tout mon temps aux travaux de préparation des quatre ouvrages à paraître. (Voir à ce sujet la lettre du mois de mars 2019)

    Il y a des choses dans la vie qui sont le fruit des valeurs qui nous animent, des orientations que l'on choisit, en un mot de nos rêves et de nos projets. La biographie de Swedenborg en est pour moi un parfait exemple. Je me suis engagé dans les études swedenborgiennes très tôt dans ma jeunesse, et j’avais à cette époque (1980-1982) déjà réalisé une conséquente esquisse biographique sur fiches. J’avais ensuite publié, dans les années 1990, une notice biographique et bibliographique assez complète avec un beau portrait de Swedenborg en couverture. J'ai finalement été amené dans les années 2011-2018 à rédiger une biographie complète et richement illustrée de cette vie fascinante, pour le site Swedenborg ; puis à la reprendre entièrement en 2018, en vue d'une publication livresque.

    Il y a parfois aussi des choses dans cette vie que le destin vient tout simplement placer entre nos mains, sans trop nous demander notre avis, comme s'il nous était dit : « Tiens, prends ça, et vas-y », peut-être encore : « On a besoin de toi pour faire le job », et c'est sans discussion possible. Le prochain livre : « Rencontre avec l'Être de Lumière dans l'Après Vie » fait pour moi clairement partie de cette deuxième catégorie d'évènements.

    Il ne devait s'agir au départ que d'une courte enquête à laquelle je pensais ne consacrer que quelques heures afin d'enrichir le sous-forum sur la vie après la mort d'un nouveau chapitre. Je me suis très vite retrouvé entraîné dans une pleine année de recherche et d'étude assidues. Le chapitre en question est passé au fil des mois de quelques pages, à plusieurs dizaines de pages, pour finir, et à ma plus grande surprise, avec un livre d'environ 250 pages.

    J'ai donc le sentiment singulier de n'avoir jamais choisi d'écrire ce livre, mais bien plutôt d'avoir été choisi par lui pour être écrit. Au bout du compte, je l'accueille comme l'un des plus beaux cadeaux que cette vie m'ait donné, pour tout ce qu'il m'a permis de découvrir et de mettre en lumière, et je suis comblé qu'il puisse bientôt devenir ma première publication. Il me reste encore à l'achever, j'espère dans le courant de ce mois de septembre. Ce fut du reste une grande surprise de constater que les travaux de finition, que je pensais terminer au printemps dernier, auront finalement représenté presque autant de travail que la rédaction de sa première version.

    Ce qu'il met en scène est tout simplement considérable, j'en tremble d'émotion en écrivant ces lignes, tant les perspectives qu'il met à jour sont gigantesques et vertigineuses. Ce qu'il rapporte ne représente pourtant qu'une infime tête d'épingle en regard de ce qui se cache encore derrière. Oui vraiment, ce qu'affirment si souvent et avec force les personnes ayant vécu une NDE profonde, que LA RÉALITÉ REPPRÉSENTE IMMENSÉMENT PLUS QUE CE QUE NOUS PENSONS QU'ELLE EST, y est confirmé d'une façon inimaginable ! En d'autres termes, ce que nous voyons comme un monticule de taupe, pourrait s'avérer être en réalité un Himalaya dont la cime se perd au plus haut des cieux. Nos petits cerveaux terrestres sont bien trop limités pour en appréhender ne serait-ce qu'un infime milliardième.

    Aussi soyons humbles avec ce que nous croyons connaître, ce que nous pensons savoir, avec nos certitudes et à plus forte raison nos jugements. Car tout cela sera, dans un temps très proche, tout simplement soufflé comme n'étant rien qu'erreur et illusion, d'un haut comique !

    Je voudrais encore profiter de cette occasion pour vous proposer de prendre un moment afin de méditer sur ces deux catégories d'évènements. Tout ce qui dans nos vies a été le fruit de notre volonté, et qui a soit réussi ou échoué. Et tout ce qui, contrairement à cette première catégorie, a été le fait de circonstances extérieures à nous-mêmes, en positif comme en négatif. J'ai trouvé pour moi-même très fructueux d'opérer ce retour sur ma vie, car il m'a permis de réaliser qu'il existe bien une sorte d'interaction réciproque entre ce qui vient de nous, et ce qui nous vient par la voie de circonstances extérieures. Certains de nos projets ont pu malgré nous échouer, et il est parfois possible, avec le recul du temps, de réaliser que cela avait finalement un sens. D'autres nous ont été apportés par le destin, et il est là encore quelquefois possible d'y discerner une forme d'action secrète, d'intervention providentielle, qui a pour but de nous conduire dans une direction précise. Tout cela peut nous aider, en fin de compte, à prendre très concrètement conscience qu'il existe bel et bien un « chemin de vie » sur lequel nous sommes conduits par une sorte de force invisible, que le père de la psychologie des profondeurs, C. G. Jung, nomme « l'inconscient », mais que l'on pourrait tout autant nommer, « la providence », ou plus simplement désigner par cette expression anglaise relativement intraduisible : « an inner guidance » (une guidée, ou une guidance intérieure).

    C'est de l'interaction continue de ces deux éléments, notre volonté propre (notre gouvernail en quelque sorte) et les forces mystérieuses et secrètes du destin (symboliquement les vents, les conditions météorologiques et océaniques) que résulte notre devenir, notre destinée particulière, et il n'y a qu'un pas entre les mots : destinée et destination. D'où la question : quelle est la destination que nous souhaitons donner à nos vies terrestres ? Les forces du destin s'y accordent-elles ou non ? Sommes-nous vraiment sur la bonne voie ? Nous pouvons nous tromper de direction, et cela fait certainement partie des éléments constructeurs et évolutifs de nos destinées, pour peu que l'on comprenne nos erreurs et que l'on revienne sur nos pas (redresser la barre), mais nous pouvons aussi chuter de façon grave et définitive (tomber de Charybde en Scylla (1). Raison pour laquelle il importe tant de nous sonder en profondeur et de méditer chaque évènement qui vient à notre rencontre, s'inscrire en résonance harmonieuse ou en dissonance avec les choix que nous faisons et les orientations que nous prenons.

Tout avec vous, dans cette traversée des mondes.

Patrick Duvivier

Notes :

(1) À l'origine, Charybde et Scylla auraient été deux dangers du détroit de Messine, entre l'Italie et la Sicile, le premier étant un tourbillon, le second un écueil. Les marins qui cherchaient à éviter le premier allaient périr en s'écrasant sur le second. Dans la mythologie grecque, Charybde et Scylla sont représentés sous la forme de deux monstres marins, situés de part et d’autre d'un détroit légendaire. Scylla étant présentée comme une créature monstrueuse à plusieurs têtes, et Charybde comme un monstre qui, trois fois par jour, aspire dans d’énormes tourbillons les eaux du détroit avec les bateaux qui y naviguent, pour en recracher ensuite les débris. Ce mythe est à l'origine de l'expression : « tomber de Charybde en Scylla », qui signifie « aller de mal en pis », ou aller d'une catastrophe à une autre pire encore.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Lettre du mois de septembre 2019.

Chers amis (es),

    J'ai eu le grand bonheur de rencontrer en septembre 2018 un chercheur de grand génie, qui après de très riches conversations m'a généreusement offert deux de ses ouvrages (1), fruits de nombreuses années de recherche et de réflexion approfondies sur, entre autres, l'existence d'une équation universelle, et sur l'émergence et le développement du langage dans l'histoire de l'humanité, de la préhistoire à nos jours. J'ai donc lu avec grand intérêt ses livres. Un des éléments d'étude qui a tout de suite retenu mon attention figure dans les premiers chapitres de son étude sur la création du langage. Il s'agit d'une remarquable synthèse sur l'activité bi hémisphérique de nos cerveaux, à l'évidence, maître d'œuvre de l'évolution, non seulement, du langage, mais avec lui, des cultures et des sociétés. Je vais donc tenter d'en faire un rapide résumé, qui ne saurait en aucun cas remplacer la lecture de son livre. Aperçu, nécessairement partiel, que j'aimerais accompagner de quelques commentaires personnels.

    Le premier élément d'enquête, qui résulte de la recherche scientifique de ces dernières décennies dans le domaine de la neurophysiologie est, pour simplifier à l'extrême que : NOUS AVONS DEUX CERVEAUX, différents et relativement indépendants, qui fonctionnent, plus ou moins et très diversement, en association l'un avec l'autre. Cette donnée anatomique et fonctionnelle structure une grande partie de notre activité cérébrale et mentale, et conditionne dans une large mesure nos personnes, notre relation aux autres et au monde. C'est dire qu'il s'agit d'un élément de savoir fondamental, capable d'enrichir de façon considérable notre connaissance de nous-mêmes et notre compréhension du phénomène humain et sociétal.

    Pour commencer, observons, en considérant l'anatomie de notre cerveau, que celui-ci est divisé, un peu à la façon d'un cerneau de noix, en deux hémisphères cérébraux, séparés sur la ligne médiane par une dépression profonde nommée scissure inter hémisphérique, et réunis par des faisceaux de fibres nerveuses, dont les plus importantes sont le corps calleux.

    Tentons à présent d'identifier le type d'activité cérébrale et donc mentale dont ces deux hémisphères sont le siège.

Les deux hémisphères

    L'hémisphère gauche du cerveau est celui du langage et de la pensée analytique. Lieu privilégié de la logique et de l'abstraction, il prend la main quand il s'agit de nommer et de catégoriser. Il inspire la pensée linéaire - séquentielle, ordonnée, chronologique, causale - et s'exprime par la parole, la lecture, l'écriture et l'arithmétique. L'hémisphère gauche aime la compétition et son intérêt, sa première motivation est le « pouvoir ». S'il venait à prévaloir sur l'hémisphère droit, il serait relativement mécanique, abstrait, désincarné, privé de toute sympathie, utilitariste, super-confiant dans sa prise sur la réalité et ne sachant pas voir ses problèmes.

    L'hémisphère droit, quant à lui, est holistique. Il produit une pensée intuitive, non linéaire et non séquentielle, associant de façon inattendue et rapide des éléments d'origine et de nature très différentes, sans se soucier de classifications. Il perçoit de manière globale, synthétique et non verbale. La métaphore, le symbole, la compréhension intuitive, l'imagination sont des fonctions du cerveau droit. C'est aussi l'hémisphère qui, tourné vers autrui, partage la peine de l'autre par empathie. Il fait sienne la pensée de l'autre par sa capacité à se mettre dans la position de l'autre et de voir ce qui se passe dans l'esprit de cette personne.

L'équilibre hémisphérique

    Néanmoins, il faut se garder d'un excès de catégorisation qui différencierait à l'extrême ces deux hémisphères. Chez un individu sain, les deux hémisphères échangent constamment des informations par l'intermédiaire du corps calleux et s'équilibrent par la pensée et le comportement. La bonne coopération des deux hémisphères est nécessaire à l'équilibre individuel, bien sûr, mais aussi, collectivement, à celui du groupe.

    Toute tâche s'effectue dans le dialogue. Par exemple, lors de l'apprentissage du langage dans la petite enfance, la compréhension lexicale précoce fait intervenir les deux hémisphères cérébraux qui mettent ainsi en parallèle un sens précis du mot et un sens plus métaphorique. Lors d'échanges verbaux, les deux hémisphères travaillent en relation : l'hémisphère gauche analyse les mots, alors que l'hémisphère droit se projette dans le futur de la phrase, en même temps qu'il construit le contexte.

La prévalence hémisphérique

    Un hémisphère est prévalant chez chacun de nous. Nous pouvons même présenter, dans notre personnalité, un biais caractéristique et consistant vers l'un ou l'autre hémisphère. C'est la dominance ou spécialisation hémisphérique ; on parle aussi de latéralisation. Elle est répandue à différents degrés dans la société et chez les individus. On peut ainsi observer, les HGD (hémisphères gauches dominants) et les HDD (hémisphères droits dominants).

    Prenons un exemple pour bien comprendre comment les deux hémisphères cérébraux travaillent, séparément d'abord ; nous verrons ensuite comment ils travaillent ensemble. Avant de s'endormir, les enfants aiment écouter une histoire. Selon que leur cerveau droit ou gauche est plus ou moins actif - la spécialisation hémisphérique -, ils réagissent différemment à un récit comme celui du Petit Chaperon rouge. Certains de ces enfants HGD, appelons-les rationnels, affirmeront d'emblée : Mais le loup ne peut pas parler à la petite fille, il ne peut pas s'habiller en Mère-Grand ni se cacher dans son lit. D'autres, les imaginatifs HDD, montreront surtout de l'émotion, des craintes pour le Petit Chaperon rouge ; ils inventeront toutes sortes de scénarios plutôt optimistes pour rétablir la situation.

    Cet exemple donne une bonne illustration de la différence de fonction entre les deux hémisphères : le cerveau gauche analyse et vérifie la cohérence des évènements ; alors que l'hémisphère droit imagine, et se projette dans ce qui va arriver. C'est lui qui rend l'histoire passionnante. On peut penser que si l'on n'avait que l'hémisphère gauche la vie serait bien triste, même les plus grandes prouesses techniques qu'il serait capable de réaliser ne nous feraient pas rêver.

    Chaque hémisphère construit son propre monde à la lumière de ses particularités, chacun ayant sa propre façon de le comprendre, sa propre « prise » sur lui, et le monde que nous abordons est déterminé par la version hémisphérique finalement dominante. Le monde de notre voisin n'est pas forcément le nôtre, les évènements peuvent y être perçus très différemment. Deux personnes ayant la même préférence hémisphérique pourront mieux s'entendre, alors que si leurs prévalences hémisphériques sont trop différentes elles risquent de ne pas se comprendre. Néanmoins, la diversité est utile et enrichissante à condition d'accepter ces différences et d'en faire des complémentarités.

    L'éducation qui peut être plus rationnelle ou plus spirituelle selon les pays et les époques a tendance à orienter cette prévalence qui, d'individuelle devient la marque collective d'une société. En Occident, l'enseignement fait principalement appel à l'hémisphère gauche, qui se développe plus particulièrement avec l'étude des mathématiques et des sciences (et un modèle basé sur la compétitivité). Trop négligés encore sont les cours de dessin, de danse, de musique, de poésie (ainsi qu'un modèle de coopération fondé sur l'entraide) (2) qui pourraient développer l'hémisphère droit et lui permettre d'équilibrer son double opposé.

    L'enseignement tel qu'il est pratiqué en France s'adresse presque exclusivement à l'hémisphère gauche. Il produit de bons ingénieurs, de bons juristes, de bons professionnels dans tous les domaines. Néanmoins, on se rend compte de plus en plus qu'il ne faut pas négliger la deuxième voie de communication entre les hommes, celle des hémisphères droits, qui se fait par la gestuelle, la symbolique et les émotions. Ce canal du non-dit véhicule certainement autant d'information entre les hommes que celui du dit. On se rappelle le dicton populaire : un petit dessin vaut mieux qu'une longue explication.

Le dialogue bi hémisphérique

    Nos deux hémisphères cérébraux sont différents, mais pas indépendants. Ils ont leur propre façon de voir le monde, chacune complémentaire de l'autre, et échangent leurs impressions.

    Ces deux cerveaux échangent entre eux par l'intermédiaire du corps calleux et leurs activités sont régulées par le cortex frontal ; mais pas toujours et pour tout. Les maîtres mots sont inhibition et/ou modulation.

    Chacun garde quelque chose de ses secrets. L’hémisphère droit n'a pas besoin de savoir ce que l'hémisphère gauche sait, car cela détruirait sa capacité à comprendre le tout ; en même temps, l'hémisphère gauche ne peut savoir ce que l'hémisphère droit connaît. L'hémisphère gauche s'intéresse au passé et à ce qui est matériel et individuel ; il analyse.

    L'hémisphère droit est tourné vers le futur, le vivant, les relations sociales ; il synthétise. Il construit le monde par le haut, le veut spirituel et imprégné de sacré. L'hémisphère gauche observe rationnellement la nature, démystifie les constructions de son partenaire et banalise le sacré par la verbalisation. L'hémisphère droit cherche alors à élever le débat pour échapper aux critiques et rétablir sa suprématie. S'engage alors un dialogue dynamique qui, par des révolutions cognitives successives, va préparer leur communauté, le cerveau, à s'adapter à des situations de plus en plus complexes. En se renouvelant, ce dialogue entretient une spirale cognitive ascendante qui fait progresser l'humanité.

    L'hémisphère droit plus sensible aux symboles recherche, au-delà des perceptions, un sens plus large, symbolique ou poétique. L'hémisphère gauche ne se contente pas des sensations, mais il veut des faits précis et mesurés ; il les catégorise, les rationalise, bref les désenchante ; il ne croit que ce qui lui est démontré. Le gauche se charge de l'action, le droit d'orienter cette dernière dans le sens de valeurs supérieures. Les deux hémisphères portent un regard différent sur le monde ; l'hémisphère gauche décompose, voit des objets distincts et ne recherche pas les liens entre eux ; alors que l'hémisphère droit est sensible à ce qui souligne le continu et cherche à établir des relations. L'hémisphère gauche voit le contour des choses et, pour en connaître l'intérieur, procède par dissections et analyses ; l'hémisphère droit est capable de voir ce qui ne se voit pas en construisant une image mentale qui représente ce que l'on s'imagine au-delà de ce que voient les yeux.

    Enfin, on sait qu'en raison de ce que l'on appelle la décussation, l'hémisphère gauche contrôle plutôt la partie droite du corps et l'hémisphère droit, la partie gauche.

    (« La création du langage par le dialogue bihémisphérique », Denys Lepinard, Les Éditions du Panthéon, 2018. Pages 17, 23-31, 40.)

    J'espère que vous ne me tiendrez pas trop rigueur pour ce résumé succinct de ce que Denys met si joliment en lumière et d'une façon bien plus complète dans les 48 premières pages de son étude et dans le reste de son livre. Je pense qu'il nous aura au moins permis de réaliser l'extraordinaire intérêt de cette connaissance relativement neuve, et en cela révolutionnaire, d'un des fonctionnements de base de notre conscience mentale ou psychique. De ce point de vue, dire que nous sommes deux, ou qu'il existe en nous une double personnalité, serait peut-être un peu excessif. Il nous faudra toutefois bien réaliser que nous fonctionnons constamment et à tous les niveaux sur la base d'un indéniable binôme cérébral et mental.

    J'ai à ce sujet, récemment vécu une expérience assez éclairante. J'avais remarqué, étant seul, qu'il m’arrivait parfois de parler tout haut. M'étant interrogé sur la nature de ce dialogue intérieur, que tout le monde vît plus ou moins consciemment, je me suis donc mis à le mettre en scène d'une façon beaucoup plus ouverte et consciente, en choisissant comme objet de débat quelque sujet portant à réflexion. Quelle ne fut pas ma surprise, après quelques heures d'exercice, de réaliser que ce débat intérieur mettait en scène deux parties de moi-même très nettement différenciées dans leur façon d'être, de raisonner et de communiquer entre elles ! D'un côté, il y a la voix qui parle en premier (que je suppose être celle du moi conscient) d'une façon relativement affirmative et sûre d'elle. De l'autre, il y a celle qui écoute (que je suppose être celle d'une composante plus inconsciente), et qui interroge ensuite la donnée produite par la première entité, en la sondant en profondeur sur un mode beaucoup plus intuitif avant de lui répondre. Dans un premier temps, en adressant un certain nombre de questions assez fines, qui ont souvent pour but de mettre en question et de déstabiliser le point de vue affirmatif de la première voix. Dans un second temps, en engageant une argumentation qui s'enracine dans une analyse beaucoup plus approfondie, subtile et nuancée du sujet, en faisant parfois remonter un niveau d'information « venu d'ailleurs ». La première voix tente ensuite de contredire par toutes sortes d'arguments rationnels les nouveaux éléments d'informations apportés par la seconde voix, afin de s'assurer qu'ils sont suffisamment solides et objectifs et donc acceptables. Après un dialogue plus ou moins long, et plus ou moins animé, les deux entités finissent par se mettre d'accord sur le fait que - soit le sujet du débat n'est pas encore clos et qu'il faudra le reprendre plus tard, en attendant d'éventuelles informations et examens supplémentaires - ou soit que le sujet est clairement circonscrit et les questions relativement résolues ; et qu'il est possible dans ces circonstances de décider d'une feuille de route future, sur les modalités de laquelle les deux entités vont s'accorder précisément. La prise de conscience de la nature étonnante et extraordinairement riche de ce dialogue intérieur a tout à coup rappelé à ma mémoire la brillante synthèse de Denys au sujet des deux fonctions hémisphériques de notre cerveau, lue une année auparavant. Je me suis donc mis en quête de la relire avec une attention redoublée, et de vous en proposer un condensé qui soulève un grand nombre de questions et d'observations que je développerais dans la prochaine lettre.

    En attendant, et au risque de vous prendre pour un fou ou une folle, isolez-vous, parlez tout haut avec vous-même au sujet d'une question ou d'une situation qui vous taraude, et observez bien le dialogue intérieur qui en résulte, vous pourriez avoir des surprises !

Patrick Duvivier

Notes :

(1) - « Une sinusoïde dans l'univers », Denys Lépinard, 32 rue Henri Dobert, 14510 Houlgate, 1982.
- « La création du langage par le dialogue bihémisphérique », Denys Lepinard, Les Éditions du Panthéon, 2018. (https://www.editions-pantheon.fr/catalogue/la-creation-du-langage-par-le-dialogue-bihemispherique/)
- À paraître bientôt : « Nouvelle Mécanique Ondulatoire (NMO) », Denys Lepinard, Les Éditions du Panthéon. (https://www.editions-pantheon.fr/catalogue/nouvelle-mecanique-ondulatoire-nmo/)
(2) Ces deux ajouts entre parenthèses sont de ma propre initiative.

 

page précédente
page d'accueil