Mourir

   
 


L'homme, quand il meurt, ne fait que passer
d'un monde dans un autre.


 



 

    La partie centrale de son fameux livre, "Ciel et Enfer", s'intitule :

"Du monde des esprits et de l'état de l'homme après la mort"

    Voici ce qu'il nous y dit :

    « Quand le corps ne peut plus accomplir, dans le monde naturel, les fonctions qui correspondent aux pensées et aux affections de l'esprit qui l'anime, on dit que l'homme meurt. Cela a lieu lorsque la respiration pulmonaire et la pulsation cardiaque viennent à cesser.

    Néanmoins l'homme ne meurt pas réellement, il est seulement séparé de l'élément corporel qui lui servait dans le monde. L'homme lui-même continue de vivre, parce que l'homme est homme, non parce qu'il possède un corps, mais parce qu'il est esprit. Car dans l'homme c'est l'esprit qui pense, et c'est la pensée unie aux sentiments qui fait un être humain. D'après cela, il est évident que l'homme, quand il meurt, ne fait que passer d'un monde dans un autre. »

(CE 445)

    Voyons d'abord, avant d'aller plus loin, ce qu'il nous dit au sujet de cet "homme-esprit" que nous sommes :

    « Que l'homme soit un esprit quant à ses intérieurs, il m'a été donné de le savoir par de nombreuses expériences, qui, si je devais toutes les rapporter, rempliraient de nombreux volumes. Mais pour illustrer ce fait, que l'homme quant à ses intérieurs est un esprit, je vais d'après l'expérience, rapporter ce qui arrive quand l'esprit de l'homme se détache du corps, et lorsqu'il est emporté en esprit dans un autre lieu.

    Lorsque l'homme est "détaché de son corps", il est amené dans un certain état, qui tient le milieu entre veille et sommeil. Lorsqu'il est dans cet état, il n'est conscient d'autre chose, sinon qu'il est pleinement éveillé. Tous ses sens sont alors aussi éveillés que s'il était dans la veille la plus parfaite du corps, non seulement quant à la vue, mais aussi quant à l'ouïe et, ce qui est merveilleux, quant au toucher, qui alors est plus parfait qu'il ne peut jamais l'être dans la veille du corps. Dans cet état, j'ai vu aussi des esprits et des anges de façon tout à fait vivante, je les ai aussi entendus, et, ce qui est étonnant, je les ai touchés, parlant avec eux comme homme dans le corps et eux ne sachant autre chose sinon que j'étais moi-même un esprit dans une forme humaine comme eux. C'est de cet état qu'il est dit "être détaché du corps", ou "être hors de son corps".

    Il m'a aussi été montré, par vive expérience, ce que c'est que d'être "emporté en esprit dans un autre lieu". Dans cet état de détachement de mon corps physique, je fus amené en esprit en d'autres lieux, me retrouvant à marcher par les rues d'une ville et à travers des campagnes. J'étais alors en conversation avec des esprits, ne sachant autre chose que j'étais éveillé tandis que j'étais en vision, voyant des bois, des fleuves, des palais et des maisons, des hommes et tant d'autres choses. Après avoir marché ainsi des heures, je me retrouvais dans mon corps, réalisant avec étonnement le fait de me retrouver tout à coup dans mon corps en un autre lieu. »

(CE 436, 439, 440, 441)

    Pour "prouver" que l'esprit, par lequel Swedenborg entend ce qui en nous éprouve des sentiments, et est animé de pensées, et qui est en un mot la conscience mentale, il se réfère à ce que nous nommons aujourd'hui des expériences de "dédoublement" ou de "sortie hors du corps physique", expériences dont toute une littérature se fait aujourd'hui l'écho. L'idée ici est celle que, si nous pouvons exister indépendamment de notre corps physique, la mort n'est alors plus que celle de notre enveloppe corporelle.

    Entrons à présent dans les détails de cette "décorporation" définitive que représente le fait de mourir :

    « Il faut absolument savoir que l'homme a une double respiration, l'une de l'esprit, et l'autre du corps. 

    On a ignoré jusqu'à présent que le mental de l'homme, par lequel il est entendu la volonté et l'entendement, est l'esprit de l'homme, et que l'esprit est l'homme. On a aussi ignoré que l'esprit de l'homme a un pouls et une respiration comme le corps, et que le pouls et la respiration de l'esprit dans l'homme, influent dans le pouls et la respiration de son corps, et les produisent.

    Puisque donc l'esprit de l'homme est animé d'un pouls et d'une respiration comme le corps, il s'ensuit qu'il y a une semblable correspondance du pouls et de la respiration de l'esprit de l'homme avec le pouls et la respiration de son corps, car le mental, comme il a été dit, est l'esprit de l'homme. C'est pourquoi, lorsque la correspondance de ces deux mouvements cesse, il se fait une séparation, qui est la mort.

    La séparation ou la mort arrive quand le corps, par quelque maladie ou quelque accident, vient dans cet état qu'il ne peut plus agir comme un avec son esprit, ainsi se détruit la correspondance entre les deux, et avec la correspondance, la conjonction.

    En un mot, la vie du corps de l'homme dépend de la correspondance de son pouls et de sa respiration avec le pouls et la respiration de son esprit, et quand cette correspondance cesse, la vie du corps cesse, son esprit s'en va, pour continuer à vivre dans le monde spirituel. »

(DA 412, 390)

    Le concept de cette double respiration, cardiaque et pulmonaire, du corps et de l'esprit et de leur synchronisation est absolument fondamental et Swedenborg y consacre dans son oeuvre de nombreux passages très détaillés. On le retrouve d'ailleurs au coeur des médecines ayurvédique, tibétaine et chinoise. Leur méthode de diagnostic repose en partie sur l'écoute de ce double pouls, physique et subtil, et de leur synchronisation plus ou moins harmonieuse ou disharmonieuse. Soulignons également que les deux fondateurs de l'ostéopathie, Andrew Taylor Still et William Sutherland, se sont inspirés des enseignements de Swedenborg dans ce domaine. Nous n'entrerons pas ici dans tous les tenants et aboutissants de ce concept essentiel, qui nous détourneraient de notre sujet, soulignons simplement que ses implications et ses très nombreuses applications sont considérables.

   Continuons avec les descriptions que Swedenborg nous donne de ce délicat processus de "décorporation" ou de "dissociation du corps et de l'esprit" que représente le fait de mourir.

    « Il y a une intime communication de l'esprit avec la respiration et avec le mouvement du coeur, communication de sa pensée avec la respiration, et communication de l'affection qui appartient à l'amour avec le coeur. C'est la raison pour laquelle lorsque ces deux mouvements cessent dans le corps, il y a aussitôt séparation. Ces deux mouvements vitaux sont les liens mêmes qui unissent l'esprit avec le corps, lesquels étant rompus, l'esprit est abandonné à lui-même, et le corps alors privé de la vie de son esprit, devient froid et se putréfie. »

(CE 446)

    « L'esprit, après la séparation, reste quelque temps dans le corps, mais seulement jusqu'à ce que le mouvement du coeur ait totalement cessé, ce qui se fait avec variété, selon l'état de maladie dont l'homme meurt, car le mouvement du coeur dure chez quelques-uns longtemps, et chez d'autres moins longtemps. Dès que ce mouvement cesse et que l'élément corporel de l'homme est refroidi, l'homme ressuscite. Par l'action de ressusciter est entendue l'action de retirer l'esprit de l'homme hors de son corps pour l'introduire dans le monde spirituel. »

(CE 447)

    « Quand le corps expire, il y a une attraction et comme un arrachement des intérieurs du mental, ainsi de l'esprit d'avec le corps, et c'est de là qu'il y a résurrection. »

 (CE 449)

    Tous ceux qui auront eu le privilège d'accompagner une personne mourante comprendront tout de suite ce que Swedenborg entend par là. Le fait de mourir représente un arrachement, parfois douloureux, qui ressemble beaucoup à celui de la naissance. Sauf qu'au lieu de passer du monde foetal au monde extérieur, il s'agit de passer du monde terrestre au monde spirituel.

    « Une odeur comme celle d'un cadavre embaumé, se fait alors sentir. Quand les esprits sentent cette odeur, ils ne peuvent approcher, c'est ainsi que les mauvais esprits sont chassés de l'esprit de l'homme au premier moment de son introduction dans le monde spirituel.

 (CE 449)

    Tout le monde aura été sensible à cette odeur particulière, un peu aromatique, du corps d'une personne qui vient de mourir. Swedenborg nous explique qu'elle a la vertu d'éloigner momentanément toutes les influences négatives de la personne.

    « L'esprit de l'homme est alors tenu quelque temps dans sa pensée dernière, laquelle est généralement portée sur la vie au-delà de la mort, jusqu'à ce qu'il retourne plus tard aux pensées qui proviennent de son affection dominante dans le monde. »

 (CE 449)

    Nous voici déjà, avec Swedenborg, de l'autre côté de ce monde, prêts à nous propulser avec lui dans l'invisible, vers des horizons autant insoupçonnés que vertigineux, tant les métamorphoses qui nous y attendent sont considérables, comme nous allons le voir. Suite : le corps spirituel

 

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