Quand l'homme entre dans l'autre monde
il emporte avec lui la mémoire de toute sa vie,
et il en a une pleine réminiscence,
dans une clarté sans pareille.


 
 

 

Le Livre de Vie

 

    « L'homme quand il meurt, ne perd rien que les os et la chair, il emporte avec lui dans l'autre vie toute sa mémoire naturelle ou physique, c'est-à-dire la mémoire de toutes les choses qui ont été siennes dans le monde. Tout ce que dans le monde il a entendu, vu, lu, appris, pensé, depuis la première enfance jusqu'au dernier moment de sa vie, il le retient. »

 (AC 5079, 2481 ; CE 461)

    C'est un fait étonnant qui revient régulièrement dans les récits de "NDE". De nombreux témoins rapportent qu'une fois passés dans l'autre monde, non seulement ils ont la capacité de se souvenir de tout ce qu'ils ont vécu, jusqu'au moindre détail, mais aussi qu'ils se remémorent alors toute leur vie, de leur plus tendre enfance jusqu'à leur dernier souffle, se ressouvenant même de nombreuses choses qu'ils croyaient avoir oubliées depuis longtemps. De nombreux témoins disent en plus avoir la capacité de les revivre avec une acuité sans pareille.

   Mais, comme lorsqu'il s'agissait du moment où cessaient la respiration et les battements du coeur, Swedenborg va tout de suite beaucoup plus loin, explicitant avec beaucoup de détails cette question cruciale de la mémoire.

     « A peine est-il jusqu'à présent quelqu'un qui ait su que chaque homme possède deux mémoires, l'une extérieure, l'autre intérieure, et que l'extérieure est propre à son corps, et l'intérieure propre à son esprit.

    Tant que l'homme vit dans le corps, il peut à peine savoir qu'il a une mémoire intérieure, parce qu'alors sa mémoire intérieure agit presque à l'unisson avec sa mémoire extérieure, et que les idées de la pensée, qui appartiennent à la mémoire intérieure, influent dans les choses de la mémoire extérieure, comme dans des vases, et se conjoignent avec elles. »

 (AC 2469-2471)

    Cette distinction n'est pas facile à saisir, pourtant si l'on prend le temps de chercher à la comprendre, elle devient évidente. Voyons ce qu'il nous en dit encore :

    « C'est de là que les hommes, lorsqu'ils vivent dans leur corps, ne peuvent parler entre eux qu'au moyen de langues divisées en sons articulés, c'est-à-dire, en mots, et qu'ils ne peuvent se comprendre mutuellement que pour autant qu'ils possèdent ces langues.

   Tandis que les esprits parlent entre eux au moyen de la langue universelle qui est distinguée en idées, telles que sont celles de la pensée elle-même. C'est ainsi qu'ils peuvent converser avec un esprit, quelles que soient la langue et la nationalité qui étaient les leurs dans le monde. Chaque homme entre en possession de cette langue aussitôt après la mort.

    La mémoire intérieure l'emporte immensément sur la mémoire extérieure. En effet, des myriades d'idées de la mémoire intérieure influent dans une seule petite chose de la mémoire extérieure. De là, toutes les facultés des esprits, à savoir, tant leurs pensées que leurs perceptions, sont dans un état infiniment plus parfait. »

 (AC 2472-2473)

    On ne pourra pas manquer d'être impressionné par la finesse et la profondeur de cette analyse, qui met en lumière la raison pour laquelle dans les très nombreux récits de communications avec les esprits, qui émaillent la littérature liée au chamanisme et aux "NDE", il est régulièrement fait mention d'un mode de communication directe, télépathique, qui ne connaît plus ni l'obstacle des différentes langues, ni même celuidu langage articulé.

    « Toutes les choses que l'homme entend et voit, et dont il est affecté, s'insinuent, quant aux idées et aux fins, à son insu, dans sa mémoire intérieure, et elles y demeurent, de sorte que rien n'y est jamais perdu, quoique ces mêmes choses puissent s'effacer de sa mémoire extérieure. La mémoire intérieure est donc telle, qu'en elle se gravent toutes les choses que l'homme a pu penser, prononcer et faire, jusqu'aux plus infimes, depuis sa prime enfance jusqu'à son extrême vieillesse.

    Quand l'homme entre dans l'autre vie, il a avec lui la mémoire de toutes ces choses, et il est successivement amené à toutes se les rappeler, cette mémoire est son "Livre de Vie", qui s'ouvre dans l'autre vie en pleine lumière et selon lequel il est jugé.

   C'est ce que l'homme peut à peine croire, mais toujours est-il que cela est tout à fait véridique. Toutes les choses, en général et en particulier, que l'homme a pensées, prononcées et faites, et toutes celles qu'il a entendues et vues, jusqu'à la plus petite, ainsi que toutes les fins (intentions) qu'il a pu même obscurément concevoir, tout est inscrit dans ce Livre, c'est-à-dire, dans sa mémoire intérieure, et se manifeste devant les anges, comme dans la clarté du jour. Cela m'a été tant de fois montré, et rendu évident par tant d'expériences, qu'il ne m'est plus resté à cet égard le moindre doute. »

                                           (AC 2474-2475)

     Rien de tout ce que nous avons vécu ne sera donc jamais perdu. C'est quelque chose qui devrait réconforter tous ceux qui perdent la mémoire, qui sont victimes d'amnésie traumatique ou pathologique, comme la maladie d'Alzheimer.

     Cette mémoire, est le fondement même de notre identité. En effet, nous sommes avant tout une histoire, et notre scénario de vie fait, pour une grande part, ce que nous sommes aujourd'hui, et ce que nous serons demain. Il y aussi bien sûr, le tempérament, que l'on nomme plus communément le caractère, propre à chaque personne, et comme nous l'avons vu au chapitre sur la régénération, l'héréditaire.

    Ultimement il y a cette entité particulière et absolument unique que constitue notre conscience individuelle, et que la tradition nomme : l'âme ou l'esprit. Bien que ces deux termes soient parfois employés comme des synonymes, il faut veiller à ne jamais les confondre tout à fait. L'âme, "anima", est l'essence même de nos êtres, de notre personne. L'esprit, "mens", est la conscience mentale, constamment traversée de sentiments, d'émotions, de pensées, d'images. Enfin il y a le corps de matière, et le flot ininterrompu de perceptions sensorielles qu'il nous renvoie du monde extérieur, mais aussi du monde intérieur.

   Tout cela donc, à l'exception de notre enveloppe physique reste, et continue d'exister par-delà la mort. Swedenborg compare ce processus à celui de la métamorphose de la chenille en papillon. Il y a donc bien plus que le simple dépouillement de notre vieille écorce. Il s'agit d'une transformation complète de notre personne et de son nouvel habitacle, le corps spirituel, ainsi que d'un changement radical d'environnement, celui du monde spirituel, ainsi que de nos conditions d'évolution.

    Continuons avec ce mystérieux "Livre de Vie", dans lequel toutes les choses que nous avons vécues, jusqu'aux plus plus infimes, sont mémorisées, pour y apparaître, lorsque nécessaire, avec une acuité incomparable.

    « Chez l'homme il y a comme deux livres, dans lesquels ont été inscrits toutes les choses qu'il a pensées et faites, ces livres sont ces deux mémoires, l'extérieure et l'intérieure. La mémoire intérieure de l'homme est son "Livre de Vie", parce que toutes les choses qui appartiennent à la volonté (l'intentionnel) y sont inscrites. Les choses qui ont été inscrites dans sa mémoire intérieure restent à éternité et ne sont jamais effacées. »

(AC 2474, 9841 ; DC 52 ; AC 9386)

    « Toutes les actions et toutes les pensées de l'homme sont inscrites dans l'homme tout entier, de telle sorte que lorsqu'elles sont évoquées de la mémoire, elles apparaissent clairement, comme si elles étaient lues dans un livre, et présentées à la vue comme en plein jour, quand l'esprit est examiné dans la lumière du Ciel. »

 (CE 463)

    « La mémoire reste chez l'homme après la mort, et il y a réminiscence des choses qu'il a faites dans la vie du corps. Sachez que tout, en général et en particulier, apparaît alors à découvert comme dans la pleine clarté du jour. »                         

 (AC 2469-2494)

    Swedenborg ne précise pas de circonstance particulière pour cette "réminiscence de nos vies", par contre il donne beaucoup de détails sur la façon dont cette mémoire fonctionne. Certains récits de "NDE" sont par contre plus précis sur les circonstances de cette remémoration :

    « L'entité, tout de suite après s'être montrée au mourant de façon si spectaculaire, dirige vers lui une pensée, comme une question. Parmi les traductions qui m'ont été soumises, je relève : "Es-tu préparé à la mort ?", "Es-tu prêt à mourir ?" ou "Qu'as-tu fait de ta vie que tu puisses me montrer ?", et "Qu'as-tu fait de ta vie que tu estimes suffisant ?" Les deux premières formules, qui mettent l'accent sur la préparation semblent avoir une signification différente des deux dernières qui insistent sur l'oeuvre accomplie.

    Un homme m'a dit que, pendant qu'il était mort, "la voix lui avait posé la question : Est-ce que cela en valait la peine ? et ce qu'elle voulait dire concernait la vie que j'avais menée jusqu'a ce terme, et le jugement que je portais sur sa valeur, sachant désormais ce que je savais."

    Tous proclament d'ailleurs que cette interrogation, pour définitive et fondamentale qu'elle puisse apparaître dans son impact émotionnel, ne comporte pas la moindre trace de condamnation. L'accord est total sur ce point : telle que l'entité la profère, cette question n'implique ni accusation ni menace, les sujets ne cessent de ressentir le flux d'amour et d'accueil bienveillant qui émane de la lumière. Le but de la question semble être d'amener les mourants à réfléchir sur leur existence passée, et à en redessiner les grandes lignes. C'est, si l'on veut, une interrogation de style socratique, qui n'appelle aucune réponse, et qui est uniquement destinée à aider l'interrogé à s'avancer de lui-même sur le chemin de la vérité.

    L'apparition initiale de l'être de lumière et ses interrogations silencieuses représentent le prélude d'un épisode d'une extrême intensité, pendant lequel l'entité présente au mourant une vision panoramique embrassant toute sa vie passée. L'entité connaît déjà tous les détails de cette vie, son seul but est d'éveiller la réflexion.

    Ce retour en arrière ne peut être dépeint qu'en terme de souvenir, mais les caractéristiques de cette récapitulation sont tout autres que celles d'une remise en mémoire ordinaire. Les sujets sont également unanimes à souligner que cette évocation est décrite comme une profusion d'images visuelles, incroyablement vivantes et réalistes. Malgré l'impétuosité de ce défilé de souvenirs, chaque image est nettement perçue et reconnue. Les sentiments et les émotions associés à chaque scène renaissent également au passage.

    Certains des narrateurs déclarent que tous les actes de leur vie figuraient dans cette exposition, du plus insignifiant au plus décisif. Quelques-uns m'ont affirmé avoir conservé, après cette expérience, un souvenir incroyablement précis des moindres détails de leur vie passée.

    Plusieurs on voulu voir dans ce qui précède une volonté éducative de la part de l'être de lumière. Car tout au long de cette rétrospective, l'être ne cesse de souligner l'importance de deux choses fondamentales : aimer son prochain, apprendre et acquérir la connaissance (connaissance spirituelle ou sagesse). »

("La vie après la vie", Dr. Raymond Moody, Robert Laffont, Paris, 1977.)

    Il semble y avoir comme un double "jugement". Le premier, lors de notre rencontre avec l'être de lumière, à travers la vision du panorama de notre vie et la réévalution en profondeur qui en découle. Le second, pour le Bardho-Thödol comme pour Swedenborg, par le choix que nous faisons ensuite de notre "prochaine incarnation", dans les mondes subtils ou même sur Terre pour les tibétains, dans les mondes spirituels uniquement pour Swedenborg, pour le judaïsme et le christianisme en général.

    Il n'y a donc ni damnation aux enfers, ni élection au ciel, il n'y a que l'homme dans sa liberté, ses choix, et les mondes qu'ils génèrent. Aucune prière, aucune méditation, aucun rituel, ni aucune cérémonie ne pourra en soi y changer quelque chose, et encore moins nos bonnes actions ou actes méritoires. Car avant d'être ce que nous avons dit et fait, nous sommes ce que nous y avons mis. Le sentiment, l'intention que nous mettons dans chaque chose, chaque relation, la valeur que nous donnons à la vie, c'est cela que nous sommes avant tout, qui devient alors plus évident que jamais et qui seul conditionne notre futur devenir.

    Puisqu'il s'agit de témoignages de personnes réanimées après une phase de mort clinique, les récits de "NDE" s'arrêtent sur un dernier chapitre intitulé : "Le retour", qui décrit la phase de réintégration dans le corps et de retour au monde. Voici des extraits de trois témoignages qui se corroborent sur cette phase du prélude au retour :

     « C'est assez difficile à admettre : tant que j'avais ressenti cette délicieuse impression de bonheur auprès de la Lumière, je n'avais vraiment aucune envie de m'en retourner.

     Je crois bien que si j'étais resté un peu plus longtemps dans le voisinage de cette Lumière, je me serais laissé emporter par la nouveauté de ces expériences.

    Tout était merveilleux de l'autre côté, et en somme je n'aurais pas demandé mieux que d'y rester. Mais l'idée que j'avais quelque chose de bien à accomplir sur Terre ... »

                                         ("La vie après la vie", Dr. Raymond Moody, Robert Laffont, Paris, 1977.)

    Fort heureusement, Swedenborg va nous amener bien plus loin dans la description des futures métamorphoses qui nous attendent : Les trois états de la vie après la mort

 

 

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