Il y a d'innombrables choses que l'homme naturel ne saisit point,
car il est relativement dans l'ombre et dans l'obscurité.

Il y a chez l'homme une intuition supérieure par laquelle il peut voir ce qui est vrai.

L'homme n'est véritablement heureux et prospère que s'il acquiert la sagesse.

 

 
 
 

Pouvoir de vision

    Il est notoire que l'homme ne peut être régénéré que dans l'âge adulte, parce que c'est seulement alors qu'il commence à jouir de la raison et du jugement, et qu'il peut ainsi recevoir du Divin le bien et le vrai. Avant qu'il soit parvenu à cet état, le Divin le prépare, en cela qu'il insinue en lui des choses qui peuvent lui servir d'humus pour recevoir les semences du vrai et du bien, ce qui se fait pendant plusieurs années avant qu'il soit régénéré.

(AC 2636)

    Qui ne voit que chaque homme a le "libre" de penser à Dieu, et de n'y pas penser, et qu'ainsi chacun a le libre dans les choses spirituelles de même que dans les choses civiles et morales. Le Divin donne continuellement ce libre à tous les hommes et c'est cette liberté de penser qui fait que l'homme est homme. ("Libre", terme par lequel Swedenborg entend la faculté de "liberté intérieure".)

 (AR 224)

    L'homme est réformé et régénéré par les deux facultés qui sont appelées liberté et rationalité. La faculté de comprendre est appelée rationalité, et la faculté d'agir est appelée liberté. L'homme a ces deux facultés, pour qu'il puisse de naturel devenir spirituel, ce qui est être régénéré.

 (DP 82 ; DA 425)

   La régénération n'est pas possible sans le libre arbitre dans les choses spirituelles, et aucune régénération ne peut opérer par contrainte. La régénération n'est pas non plus possible sans la volonté.

(VRC 615 à 617)

    Le naturel est régénéré par le rationnel. Le rationnel est plus pur et le naturel plus grossier, ou ce qui est la même chose le rationnel est intérieur et le naturel extérieur. Chez celui qui doit être régénéré, le rationnel combat beaucoup contre le naturel, ou, ce qui est la même chose, l'interne combat beaucoup contre l'externe. En effet l'homme interne peut voir les vrais et aussi les vouloir, mais l'homme externe les refuse et y résiste.

    Il y a des choses innombrables que l'homme naturel ne saisit point, car il est relativement dans l'ombre et dans l'obscurité. Les choses qu'il ne saisit point, il croit qu'elles n'existent pas, ce qui fait aussi qu'il croit que le corps est tout, et qu'à peine croit-il que ce qui ne tombe pas sous le coup des sens soit quelque chose. Il y a aussi les raisonnements d'après les faux imprimés dès l'enfance, et les "scientifiques" qui en très grande partie se tirent des illusions des sens, il y a aussi toutes les cupidités qui appartiennent à l'amour de soi et du monde, et les choses qui favorisent ces cupidités, et qu'il croit être vraies, quoiqu'elles soient fausses. De tels obstacles et plusieurs autres font que l'homme naturel reçoit les vérités beaucoup plus tard et beaucoup plus difficilement que l'homme rationnel, de là un combat qui dure assez longtemps.  ("Les scientifiques", expression par laquelle Swedenborg entend toutes les perceptions et les connaissances qui sont dans la mémoire de l'homme externe ou naturel.)

(AC 3286, 3321)

    La régénération a pour fin que l'homme devienne nouveau quant à son homme interne, ainsi quant à l'âme ou à l'esprit. Mais l'homme ne peut devenir nouveau ou être régénéré quant à l'homme interne, à moins qu'il ne le soit aussi quant à l'externe, car c'est le plan dans lequel se termine ses intérieurs.

( AC 3539)

    Il suit de là que l'homme interne naturel doit d'abord être régénéré, et par lui l'homme externe, car cela est conforme à l'ordre. En effet régénérer l'interne par l'externe serait contre l'ordre, car l'interne est comme l'âme dans l'externe.

(VRC 593)

    Il faut savoir que la faculté d'élever l'entendement jusqu'à l'intelligence dans laquelle sont les anges du ciel, est par création en tout homme. Cette faculté de pouvoir comprendre ce que c'est que le bien et le vrai, quoique dans son naturel il ne veuille pas le bien, a été donnée afin que l'homme puisse être régénéré.

    L'entendement séparé de la volonté a donc été donné à l'homme afin qu'il puisse être régénéré. Lorsque ensuite son entendement et sa volonté sont conjointes comme dans un mariage alors l'homme est régénéré.

(VRC 589, 3539)

    Pour que l'homme soit régénéré, il est nécessaire que cela se fasse par l'entendement, comme par une cause moyenne, et cela se fait par les vrais que l'entendement reçoit, lequels viennent d'abord des parents et des maîtres. En effet les vrais enseignent à l'homme ce en quoi il doit croire, ce qu'il doit faire, et ce auquel il doit aspirer et par suite poursuivre.

 (VRC 587)

    Il y a chez l'homme une intuition supérieure, par laquelle il peut voir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas.

(AC 4946)

   L'homme est réformé au moyen de l'entendement, ce qui a lieu par les connaissances du bien et du vrai, et par une intuition rationnelle d'après ces connaissances. S'il les examine intelligemment et qu'il y conforme sa vie, alors l'amour de sa volonté est en même temps élevé, dans ce degré l'humain est perfectionné, et l'homme devient de plus en plus homme.

 (A Conj 495)

    C'est l'amour de l'homme qui doit être régénéré et qui devient spirituel. Cet amour ne peut pas être régénéré, s'il ne sait pas par son entendement ce que c'est que le bien et le mal, et par suite le vrai et le faux. Quand il le sait il peut alors choisir l'un ou l'autre.

(DA 425)

    L'amour est la vie même de l'homme, et sa vie est telle qu'est son amour dominant, duquel provient tout plaisir et tout charme, et par conséquent toute joie et toute félicité. C'est la raison pour laquelle il importe que son entendement puisse être élevé au-dessus de sa volonté, afin qu'elle puisse être réformée, puisque c'est dans l'amour de soi et du monde qu'influent les enfers.

(AC 3539)

    D'après cela, il est encore évident que la première chose de la nouvelle création est la réception des vérités par l'entendement, la seconde de vouloir agir selon les vérités, et enfin de faire les vérités. En effet personne ne peut être dit régénéré par les seules connaissances des vérités. 

(VRC 589)

    Les connaissances du vrai et du bien sont implantées dans le naturel comme dans leur humus par la vie.

(AC 3763, 3786)

 
 

    L'homme de par sa parenté, naît dans les amours de soi et du monde, qui sont en soi des amours infernaux, cause de tous les maux et de tous les malheurs qui pèsent sur le monde. Pour ne citer qu'un exemple parmi tant d'autres : un pour cent de l'humanité détient un capital équivalent à celui que possède tout le reste de l'humanité, alors que près de la moitié de l'humanité souffre de pauvreté, de malnutrition et de famine, sans parler de l'absence de médecine et d'éducation. Ce sont bien l'amour de soi, avant celui des autres, et l'amour des biens plus que du bien lui-même, qui sont responsables d'un tel état de fait.

    On pourrait indéfiniment multiplier les exemples de spoliation et d'injustice dans le monde. L'homme est, à la base, un redoutable prédateur à l'égard de son prochain, il y a donc un véritable travail de transformation à opérer en lui, afin de lui permettre d'accéder aux nobles valeurs de compassion et d'équité, seules dignes de son humanité. Et si nous n'étions pas dotés de cette faculté d'intuition supérieure, qui nous permet de saisir l'importance vitale d'un partage plus équitable des biens, il n'existerait aucune organisation humanitaire pour venir en aide aux plus démunis.

    A un niveau plus individuel, ne penser qu'à notre confort, nos plaisirs et notre bonheur personnel, sans nous soucier de grand-chose d'autre, en passant constamment le monde et les autres au cordeau de nos valeurs et de notre vérité, caractérise parfaitement la condition générale et première de tous. Il y a donc un véritable travail de prise de conscience, de transformation et d'évolution intérieures à opérer, si nous voulons nous donner une chance de nous rapprocher de valeurs justes un peu moins égoïstes et un peu plus altruistes que celles-ci.

    Quant à la question de la relation au sacré et au principe créateur, le : "Dieu n'existe pas, sinon je l'aurais vu ! ", on ne peut plus idiot et réducteur, semble parfaitement satisfaire la plupart de nos contemporains, qui en profitent au passage pour se débarrasser de toutes les questions, certainement embarrassantes, que son existence pourrait soulever, à savoir : Qui sommes-nous vraiment ? Quel est le sens de cette existence terrestre ? En quoi les valeurs qui nous animent, les sentiments et les pensées qui nous habitent et les comportements qui sont les nôtres, engagent-ils notre responsabilité et influent-ils sur notre devenir et celui de ceux qui nous entourent ?

   Il n'y a que le violent électrochoc de la mort qui semble dans ce domaine pouvoir un tant soit peu réveiller les consciences. A quoi bon avoir passé toute sa vie à construire la belle villa bourgeoise, si c'est pour perdre cette énorme accumulation de travail et de biens en un instant, avec tout le reste ? Cette interrogation potentiellement fructueuse, ne dure généralement qu'un court instant, et le règne despotique du petit moi a bien vite fait de reprendre ses droits, jusqu'à la prochaine fois ...  

    Oui il y a des vérités capables de tout changer, de tout bouleverser, de tout "retourner" ou plutôt "redresser". Le Divin est pleinement là, au plus intime de nous-mêmes, au plus profond de nos coeurs, et rien n'est plus facile que d'y accéder, pour le voir et le toucher, si tel est notre désir. Il suffit pour cela de se donner la simple peine de s'intérioriser un minimum, de stopper un instant "la roue du monde" et de faire retraite en soi. D'ouvrir, en nous, un espace de rencontre qui se nomme silence et écoute intérieure. Il existe pour y parvenir une multitude de pratiques millénaires et universelles qui se nomment : prière, méditation, contemplation, quête de vision, pratiques initiatiques, rites et cérémonies.

    Face à l'ineffable mystère et à l'incommensurable puissance de cette Présence divine, qui est là, au plus intime de nos êtres, une nouvelle conscience plus intérieure et plus proche de l'essentiel émerge peu à peu, et avec elle un nouvel ordre de valeurs et de préséance se dessine, pour prendre progressivement le relais de l'ancien monde, celui du "petit moi", que Swedenborg nomme le vieil homme. Le moment d'un grand basculement est arrivé, et nous n'avons encore aucune idée de tout ce que ce contact, cette relation, ce nouveau lien au Dieu "qui est au-dedans de nous", va soulever, transformer et accomplir en nous, dans nos vies et dans notre relation avec les autres et avec le monde. Nous voici à l'aube d'un jour totalement nouveau et insoupçonné, d'une promesse inouïe qui dépasse tout ce qu'il nous sera à jamais possible d'imaginer et de rêver.


page suivante

page précédente

page menu

page d'accueil