Nous naissons tous par notre parenté
dans des maux de tous genres.

L'homme nouveau est absolument autre que le vieil homme
.

   
 
 

Nécessité

    L'homme naît dans une complète ignorance et dans l'absence de toute science. Il doit par les choses mondaines apprendre toutes celles par lesquelles il formera son esprit.

 (DC 96, 249)

    L'homme naît, non pas dans l'ordre divin, mais dans le contraire de l'ordre.

(DC 279)


    Les animaux sauvages agissent uniquement en fonction de l'amour dans lequel ils ont été créés. L'homme lui ne naît pas dans l'ordre, au contraire, c'est pour cela qu'il doit être régénéré.

(AC 6323)

    L'homme, d'après l'héréditaire qu'il tient de ses parents, naît dans des maux de tous genres, avec la faculté de pouvoir, en éloignant ces maux, devenir spirituel, ce qui est être régénéré.

(DP 83)

    Nous héritons de nos deux parents de ce qui est appelé le mal héréditaire. Nous naissons avec, mais il ne devient apparent que lorsque nous devenons plus âgé et que nous agissons à partir de notre volonté et de notre pensée. La sphère de vie qui émane du penchant natif de chacun, porte plus ou moins vers des maux particuliers. Cette inclination et ce penchant pour les maux transmis par les parents, aux enfants et aux descendants, ne peut être brisée et transformée que par la régénération.

(AC 4563, 8550 ; VRC 521)

    Chaque homme a un propre qu'il aime par-dessus toutes choses : cela est nommé le dominant, ou si l'on veut, l'universellement régnant chez lui. Il est continuellement présent dans sa pensée et dans sa volonté, et il fait sa vie même. C'est pourquoi l'homme est absolument tel qu'est le dominant de sa vie, car c'est là sa volonté même, et ainsi l'être de sa vie, et c'est par lui qu'il est distingué des autres.

 (AC 8853, 8858)

    L'homme a pour fin la chose qu'il aime par-dessus toutes les autres, et il la considère dans tout, tant en général qu'en particulier. Elle est dans sa volonté comme la veine cachée d'un fleuve, elle l'entraîne et l'emporte, même quand il fait autre chose, car c'est ce qui l'anime. Celui par exemple, qui aime par-dessus toutes choses les richesses, est continuellement préoccupé par la manière dont il les amassera. Il est intimement réjoui quand il en acquiert, et intimement dans la douleur quand il en perd, car son coeur est en elles. Celui qui s'aime par-dessus tout aussi a le sentiment de soi dans chaque chose, il pense à soi, il parle de soi, il agit pour soi, car la vie de cet homme est avant tout la vie de soi.

(AC 8855, 8854 ; DC XX)

    C'est l'amour de l'homme qui doit être régénéré et devenir spirituel. Quand l'homme est régénéré, l'amour est implanté par la sagesse, jusqu'à ce qu'il devienne dominant, et quand l'amour est devenu dominant, il y a pour l'homme une vie nouvelle.

(CE 477 ; AC 8856)

   Ces deux choses, la sagesse et l'amour procèdent du Divin comme soleil, et influent dans ce monde universellement et individuellement dans les hommes, mais elles ne sont pas reçues ensemble dans leur mental. Là est d'abord reçue la lumière qui fait l'entendement, et peu à peu l'amour qui fait la volonté. Cela a été ainsi pourvu parce que tout homme doit être créé de nouveau, c'est-à-dire régénéré, et cela se fait par l'entendement. Dès l'enfance il doit puiser les connaissances du vrai et du bien, qui lui enseigneront à bien vivre et à agir justement. La volonté est formée par l'entendement et c'est pour cette fin qu'il a été donné à l'homme la faculté d'élever son entendement dans la lumière, afin de voir ce qu'il est juste de vouloir et par suite de faire, afin d'être prospère et heureux dans le monde pendant le temps de sa vie terrestre, et d'être après sa mort dans la félicité durant l'éternité.

    Il ne se réalise et n'atteint véritablement au bonheur que s'il acquiert la sagesse et qu'il tient sa volonté sous l'obéissance de la sagesse. Par contre, il ne se réalise pas et devient malheureux s'il met son entendement sous l'obéissance de la volonté de son homme naturel ou externe. La raison de cela, c'est que dès la naissance la volonté incline l'homme vers les maux et parfois même vers les pires maux. Si elle n'était pas réfrénée par son entendement, l'homme abandonné à la liberté de sa volonté se précipiterait dans des crimes horribles, et même par la nature féroce greffée en lui, il pillerait et massacrerait pour son seul intérêt tous ceux qui ne lui seraient pas favorables. L'homme ne serait plus alors un homme, mais un monstre. Il serait à l'image d'un aigle, qui prenant son essor dans les airs, et qui dès que voyant au-dessous une proie capable de tenter son appétit, fondrait à l'instant sur elle pour la dévorer.

 (CAC 14)

   L'homme non régénéré place tout dans ce qui lui est agréable dans le gain et le faste, et il brûle de haine et de vengeance contre tous ceux qui s'opposent à lui.

 (VRC 588)

   Toute personne qui a quelque connaissance de la régénération et de l'homme nouveau, est capable de saisir que la nouvelle personne est absolument autre que l'ancienne. En effet, l'homme nouveau est dans l'affection des choses spirituelles et célestes, car ces choses font ses plaisirs et ses béatitudes, mais le vieil homme, lui, est dans l'amour du monde et des choses terrestres, et ces choses font ses plaisirs et ses charmes. L'homme nouveau regarde donc les fins dans le ciel, tandis que le vieil homme regarde les fins dans le monde. De là il est bien évident que l'homme nouveau est tout autre que le vieil homme, et tout différent.

(AC 4063)

 
 

    Ces quelques citations nous font sans peine comprendre la nécessité de la régénération pour tout homme, quels que soient sa culture, son âge et sa condition. Nous naissons par définition non-transformés, et qui plus est, chargés de l'héritage d'une hérédité humaine ancestrale qui nous rattrape peu à peu, dès que l'innocence de notre enfance et l'idéalisme de notre prime jeunesse ont passé. L'homme adulte, rattrapé par son héréditaire, va devoir faire face à l'héritage atavique de ses parents, grands-parents, arrière-grands-parents, etc., ce qui n'est pas peu dire. Swedenborg n'y voit surtout que l'accumulation de toutes les mauvaises tendances de l'homme, transmises à la descendance. A savoir, celles de son égotisme et de son égoïsme intrinsèques, pour ne pas dire pire, sa tendance perverse à la domination, la méchanceté et l'idiotie chroniques.

    Cela peut évidemment paraître un peu excessif, et pourtant, ce ne sont pas les exemples qui manquent autour de nous. Il suffit pour s'en convaincre de lire n'importe quel ouvrage d'histoire ou plus simplement d'écouter un quelconque bulletin d'information, pour s'en convaincre. Le mal existe bel et bien dans l'homme et il semble qu'il soit quelque peu inné en lui. On peut croire malgré tout que ce n'est pas la règle générale, mais Swedenborg va plus loin et enfonce définitivement le clou. Le mal n'est pas seulement le fait de quelques fous furieux, ou seulement celui des autres, il est d'abord et avant tout, par hérédité, en chacun de nous, d'où la nécessité d'un profond travail de transformation à l'échelle de chaque individu quel qu'il soit.

    Il est évident que face à ces tendances ataviques, le travail de régénération intérieure ne peut pas se faire en cinq minutes, ni même après avoir "accueilli Jésus dans son coeur" ! Il en faut malheureusement un peu plus, une vie entière y suffit-elle même vraiment ? Au dicton certainement ironique de Sartre : L'enfer c'est les autres ! Swedenborg opposerait donc tout de suite un : l'enfer c'est d'abord toi ! Ou l'enfer est d'abord en toi !

    Le : "tu ne tueras, ne voleras, ne mentiras, ne tromperas et n'envieras pas ton prochain", de la loi mosaïque, reste de ce point de vue toujours d'actualité. Il faudra y ajouter encore : tu te garderas aussi de toute violence à l'égard de tout être et de toute chose, et à plus forte raison tu n'abuseras jamais de quiconque. Même si de tels agissements peuvent parfois s'inscrire dans une certaine logique, s'expliquer ou se justifier en partie d'un point de vue psycho-social, et dans certains cas même avoir une légitimité, ils n'en restent pas moins bien souvent l'expression d'une déviance indigne de la nature humaine et de ses aspirations les plus hautes.

    Tout ceci pose la question, peut-être pas tant d'une morale civique ou religieuse, qui pourraient finalement s'avérer encore très extérieures, mais celle bien plutôt d'une éthique, autant personnelle que collective.

    « Ma loi je l'établierai au fond de leur être et je l'inscrirai dans leur coeur. Alors je serai leur Dieu et eux seront pour moi mon peuple. Ils n'auront plus à instruire chacun son prochain, ni chacun son frère, car tous me connaîtront, du plus petit jusqu'au plus grand. »

( Jér 31 : 33-34 )

    Cette parole cristallise en quelques mots l'espérance de toute l'humanité, qui devient dans la bouche de Jérémie, la promesse que Dieu fait à l'homme, pour peu qu'il accepte son invitation, de naturel c'est-à-dire de non transformé, à devenir un être spirituellement évolué et accompli. Cette parole de Jérémie est une parfaite expression symbolique de la condition de l'homme régénéré. Il est en contact avec le sacré de cette création, en lien étroit avec le Divin, en harmonie avec les lois de l'ordre. Il n'y a donc plus de loi, car il n'y en a plus besoin. Les règles de respect de l'autre, de la vie et du sacré, en un mot d'équilibre et d'harmonie, sont complètement intégrées à sa personne, gravées en lettres de feu au plus intime de son coeur, un coeur nouveau.

    Cette éthique du coeur, qui n'a plus besoin d'aucune loi extérieure, ni de se dire et de s'enseigner, seule cette transformation intérieure peut "l'inscrire au plus profond du coeur humain". Il est toutefois évident que cela ne peut se faire, ni tout seul, ni sans heurts, comme nous allons le voir dans les chapitres suivants.

 


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