Il y a deux mondes, le spirituel et le naturel, ils sont conjoints
et ils communiquent entre eux par les correspondances.

Il y a une étroite relation entre toutes les choses de l'univers créé
et la régénération de l'homme.

Toute la nature est le théâtre représentatif du royaume de Dieu
et surtout de l'homme régénéré qui en est un microcosme.

 

 
 
 


Correspondances


     Il y a deux mondes, le spirituel et le naturel, le monde spirituel ne tire rien du monde naturel, ni le monde naturel du monde spirituel, ils sont entièrement distincts. Ils communiquent entre eux par les correspondances et par les correspondances ils sont conjoints et font même un. Ainsi en est-il de la chaleur et de la lumière du soleil dans le monde naturel, qui dans le monde spirituel sont la chaleur de l'amour et la lumière de la connaissance qui rayonnent du Divin, qui est lui-même le soleil spirituel.

  (DA 83)


    Toutes les choses qui sont dans le monde naturel correspondent à celles qui sont dans le monde spirituel, et cela parce que le monde naturel existe et subsiste d'après le monde spirituel.

 (AC 10057)

    Chez l'homme il y a une perpétuelle correspondance entre les choses qui se font naturellement et celles qui se font spirituellement, ou entre ce qui se fait par le corps et ce qui se fait par l'esprit. Cela vient de ce que l'homme est né spirituel quant à l'âme, et qu'il est enveloppé du naturel qui fait son corps matériel.

 (VRC 584)

    Il y a deux propres de la nature, l'espace et le temps. D'après eux, l'homme dans le monde naturel forme les idées de sa pensée, et par suite de son entendement. S'il reste dans ces idées, et qu'il n'élève pas son mental au-dessus, il ne peut jamais rien percevoir des spirituels, ni du Divin. Mais celui qui sait élever son mental au-dessus des idées de l'espace et du temps, il goûte les spirituels et les divins, et voit enfin les choses qui sont en eux et qui en procèdent, et il passe ainsi comme de l'obscurité à la lumière.

(DA 69)

    De même que l'homme qui naît, l'homme qui est régénéré parcourt des âges, savoir, la première enfance, la seconde enfance, l'adolescence ou la jeunesse et l'âge adulte. En effet dans l'état de la première enfance, quand l'homme est régénéré, les spirituels sont en puissance, car successivement la vie spirituelle sort de chaque âge comme d'un oeuf. L'âge de la première enfance est comme un oeuf pour l'âge de la seconde enfance, et l'âge de la seconde enfance comme un oeuf pour l'âge de l'adolescence et de la jeunesse, et celui-ci comme un oeuf pour l'âge adulte, ainsi l'homme est conçu et naît pour ainsi dire continuellement, et cela, non seulement quand il vit dans le monde, mais aussi quand il entre dans l'autre vie pour l'éternité. De là on voit clairement combien sont innombrables les choses qui concernent la régénération de l'homme, et pourtant à peine quelques-unes sont connues de l'homme.

(AC 4377 - 4379)

    La régénération est une renaissance quant à l'homme spirituel. Celui-ci est d'abord introduit dans l'innocence de l'enfance, qui consiste en ce qu'il ne sait rien. Le vrai et le bien lui sont ensuite donnés par le Divin au fur et à mesure qu'il avance en âge. Celui-ci est conduit, en ce qui concerne le vrai et le bien, d'abord dans la science, ensuite dans l'intelligence, et enfin dans la sagesse.

(CE 279)

   L'opération de la Divine providence pour régénérer l'homme commence dès sa naissance, et continue jusqu'à la fin de sa vie, et ensuite dans l'éternité. La fin même de la création de l'univers est la création d'un Ciel provenant du genre humain. Toutes les choses qui sont hors de l'homme, et qui lui servent pour l'usage, sont par conséquent des fins secondaires de la création, se réfèrant à tout ce qui existe dans les trois règnes, minéral, végétal et animal, et procédant constamment, selon les lois de l'ordre Divin établies dès le début de la création, pour cette fin qui est la régénération du genre humain.

    Quand l'homme renaît, la vie spirituelle influe en lui, comme quand un arbre est en germe, sa vie influe par la chaleur provenant du soleil. L'homme qui naît, est comparé ça et là dans la Parole aux sujets du monde végétal, surtout aux arbres, et cela parce que tout le règne végétal, ainsi que le règne animal, représentent des choses qui sont chez l'homme, et qui sont par conséquent dans le royaume de Dieu, car l'homme est le Ciel dans la plus petite forme. Il y a correspondance de l'homme avec le Très-Grand-Homme (Maximus-Homo), ou le Ciel. C'est de là que les anciens ont appelé l'homme "microcosme". Toute la nature est le théâtre représentatif du royaume de Dieu et surtout de l'homme régénéré qui est appelé "Ciel" dans la Parole.

    Celui donc qui ne sait nullement que les choses de la nature sont des représentatifs, et qui ne sait pas, à plus forte raison, ce que représente telle ou telle chose dans la nature, ne peut s'empêcher de croire que ce ne sont que des comparaisons, telles que chacun en emploie dans le langage ordinaire. Ce sont aussi des comparaisons, mais des comparaisons qui correspondent, et qui ont par là une réalité dans le monde des esprits.

    Il y a, entre l'arbre fruitier et l'homme qui est régénéré, une telle ressemblance représentative, que par l'arbre on peut apprendre ce qui a lieu au sujet de la régénération. De même que l'arbre, l'homme qui renaît, commence par la semence qui signifie le vrai qui provient du bien. Puis de même que l'arbre, il produit des feuilles, ensuite la fleur et enfin le fruit. Les choses qui appartiennent à l'intelligence sont signifiées par les feuilles, les choses qui appartiennent à la sagesse par les fleurs, et enfin celles qui appartiennent à la vie, à savoir les biens de l'amour en acte, par les fruits.

    La germination et la fructification de l'arbre représentent, comme il vient d'être dit, la renaissance de l'homme, la verdure des feuilles le premier état, la floraison le second ou l'état le plus près avant la régénération, et la fructification le troisième, qui est l'état même du régénéré. De là vient que les feuilles signifient les choses qui appartiennent à l'intelligence ou les vrais de la sagesse, car ces choses sont les premières de la régénération. Les fleurs signifient celles qui appartiennent aux biens la sagesse, parce que ces choses précèdent immédiatement la régénération. Les fruits signifient les choses qui appartiennent à la vie ou aux oeuvres de l'amour, car ces choses suivent et constituent l'état même du régénéré.

 (AC 5115- 5116)

   Puisqu'il y a correspondance de la vie de l'homme avec la végétation de l'arbre, tirons-en un parallèle ou une comparaison. L'enfance de l'homme peut être comparée au tendre jet de l'arbre sortant de la terre d'après la semence. Le second âge de l'enfance et l'adolescence de l'homme sont comme un jet croissant en tige et en petites branches, les vrais naturels, dont tout homme est d'abord imbu, sont comme les feuilles dont les branches se garnissent. Les initiations de l'homme dans le mariage du bien et du vrai, ou mariage spirituel, sont comme les fleurs que cet arbre produit dans la saison du printemps. Les vrais spirituels sont les folioles de ces fleurs. Les choses premières du mariage spirituel sont comme les commencements du fruit. Les biens spirituels, qui sont les biens de l'amour, sont comme les fruits. Les procréations de la sagesse d'après l'amour, sont comme les semences, par ces procréations l'homme devient comme un jardin et un paradis. L'homme aussi dans la Parole est décrit par l'arbre, et sa sagesse d'après l'amour par le jardin. Il n'est pas signifié autre chose par le jardin d'Eden.

  (DP 332)

   La régénération est représentée, tant dans le Ciel que dans le monde, par un grand nombre de choses, ainsi par la floraison de tous les végétaux de la terre dans la saison du printemps, et par leur accroissement successif jusqu'à la fructification, de même par l'accroissement de chaque arbre, chaque arbrisseau et de chaque fleur depuis le premier jusqu'au dernier mois de chaleur. Elle est aussi représentée par la maturité progressive de tous les fruits depuis son commencement jusqu'à son plein. Elle est encore représentée par les pluies du matin et du soir, et par les rosées et les fleurs qui s'ouvrent et qui se referment quand vient l'obscurité de la nuit. Elle est encore représentée par l'exhalaison des parfums des champs et des jardins, et aussi par l'arc-en-ciel dans les nuées, et par les resplendissantes couleurs de l'aurore, et en général par la continuelle rénovation de toutes choses dans les corps, dont la rénovation, et pour ainsi dire la régénération, sont perpétuelles. L'image de la régénération se manifeste encore dans les merveilleuses transformations des vers à soie en chrysalides et en papillons. En un mot, le monde entier, depuis ses premiers jusqu'aux derniers, est plein de représentations et d'images de la régénération.

(VRC 687)

 
 

    En effet, si cet univers a été créé pour permettre l'émergence d'une créature consciente, sensible, douée de raison et libre, alors oui, tout ce qui lui précède, a en vue ce but et le porte en soi comme en une image. Permettre à cette créature, en l'occurence l'homme, de non seulement naître, grandir, vieillir, mourir, mais aussi, à travers cela, de renaître intérieurement, pour grandir en âme et en conscience jusqu'à atteindre à la sagesse et accomplir l'union avec le plan Divin. Qu'y a-t-il en effet qui pourrait satisfaire l'amour, premier et principal attribut de la nature Divine, que de vouloir partager avec une créature libre et consciente, son éternelle plénitude ?

   Ce sont là les raisons complexes, pour lesquelles tout dans le cosmos est une image correspondancielle de la transformation et de la réalisation spirituelle à laquelle l'homme est convié. Cette transformation, Swedenborg nous en livre dans son oeuvre quelques clés majeures.

    Imaginons un seul instant que sa vision soit vraie, ou disons qu'elle soit assez conforme à la réalité, comme l'avait été sa description de la structure de l'atome, ou celle de la naissance de notre système solaire, lors de sa période scientifique, nous disposerions alors d'un élément de connaissance et d'une clé de décryptage majeur, capable de complètement révolutionner notre compréhension de la nature du réel, du monde, du phénomène humain, mais aussi et surtout de sa psychologie fondamentale.

    Résumons à présent les fondamentaux qui constituent et qui structurent sa vision, à travers deux nouvelles citations et un petit schéma de synthèse :

    « Dans le sens interne de la Parole tous les temps signifient des états, ainsi l'heure, le jour, la semaine, le mois, l'année, le siècle. Mais aussi le midi, le soir, la nuit, le matin, qui sont les phases du jour, et l'été, l'automne, l'hiver, le printemps qui sont les saisons de l'année, et encore les différents âges de la vie : l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte, et la vieillesse. Tous ces cycles et plusieurs autres représentent les différentes phases du processus de régénération de l'homme. »

(AC 4901, 893)

    « Le Divin est présent chez tout homme. Quand l'homme le reçoit, ce qui a lieu lorsqu'il le reconnaît pour son Dieu Créateur, c'est son premier avènement qui est appelé point du jour. A partir de ce moment, l'homme commence à être éclairé quant à l'entendement dans les choses spirituelles et à s'avancer dans une sagesse de plus en plus profonde. A mesure qu'il reçoit cette sagesse du Divin, il progresse du matin vers le jour, et ce jour persiste chez lui jusqu'à la vieillesse et la mort. Après la mort il passe dans le Ciel, et quoiqu'il soit mort à un âge avancé, il retourne au matin de la vie et là, durant l'éternité, il développe les prémices de la sagesse qui avaient été implantées en lui dans le monde. »

(CE 766)


Le cycle du temps et des saisons, de la vie végétale et humaine,
et le processus de régénération de l'homme.

 
   
 

    Il faudra veiller à ne pas identifier le cycle des quatre âges de la vie avec celui de la régénération, car s'ils se correspondent, ils ne se confondent pas.

    En effet, si le premier état de le régénération correspond à la formation du jeune plant, ou à l'enfance, il ne peut véritablement s'actualiser que bien plus tard. A partir du moment seulement où le jeune adulte entre en pleine possession de lui-même, de sa faculté de discernement et de jugement ainsi que de sa volonté propre et de sa liberté. Âge qui correspond symboliquement, dans le domaine de la vie civile, à celui de la majorité.

    Par ailleurs l'homme n'entre dans la voie de sa transformation souvent que bien plus tard, lorsque s'éveille en lui la conscience de son "homme intérieur", qui est, lui, en lien avec le cosmos et son coeur vivant, le Créateur.

   Elle ne s'actualise donc vraiment que lorsque cette instance commence à être entendue, prise en compte, et nourrie. Ce n'est qu'alors que le cercle de la régénération, la roue de la transformation, se met en mouvement en lui. Il n'est rien en ce monde qui puisse avoir une signification plus grande pour un être humain que cela. Tout son destin va s'en trouver changé, et tout son être en sera profondement bouleversé. Il s'agit d'une métamorphose dont il ne peut encore soupçonner l'inimaginable potentiel et tous les incroyables développements à veni.

    C'est à ce moment que l'homme commence à marcher sur son chemin, et il n'y a pas deux chemins qui soient similaires, car il y a autant de formes différentes de régénération qu'il y a d'individus. C'est à chacun de trouver sa formule propre de transformation. Cependant il y a quelques grands principes de fond, valables pour tous les hommes de tous les temps et sous toutes les latitudes. Ce sont eux que Swedenborg tente d'identifier et de mettre ici en lumière.

    Résumons l'ensemble des différents chapitres qui viennent d'être développés concernant la régénération :

    1. Ineffable complexité. Où nous apprenons qu'il existe des anges, qui sont dans une sagesse infinie au regard de tous nos savoirs, et qu'une grande partie de leur science repose sur un certain processus de régénération, censé concerner tous les hommes, sans qu'ils n'en sachent grand chose.

    2. Gestation intérieure. Que ce processus de régénération est comme une seconde naissance et une reformation complète dans la vie d'un homme. Qu'elle consiste en l'éveil d'une conscience plus profonde et plus intérieure, nommée l'homme interne ou spirituel, par opposition à l'homme externe ou naturel. (Le moi essentiel par opposition au moi existentiel, dans la terminologie de Karlfried graf Durkheim.)

    3. La montée. Que ce processus de régénération est une véritable voie ascendante, tout au long de laquelle nous sommes amenés à vivre d'innombrables transformations, qui sont autant d'échelons et de degrés à gravir sur un chemin qui est infini.

    4. Nécessité. Expose les raisons pour lesquelles nous naissons, par définition non-transformés, le sens que cela a et les responsabilités que cela engage.

    5. Les combats. Montre comment le processus d'éveil, de purification, d'élévation et d'affranchissement de la conscience a lieu.

    6. Vision. Développe les moyens par lesquels nous parvenons à surmonter la difficulté initiale, de façon à nous mettre en mouvement.
    
    7. Reliquiae. De quelle façon nous sommes préparés depuis l'enfance pour la régénération, et comment nous sommes constamment informés de l'intérieur, toute notre vie durant, et pourquoi ?

    8. Le grand retournement. Le cercle de la régénération et les transformations radicales qu'elle opère en nous. Retournement de tout notre système de valeurs et ouverture aux plans de consciences supérieurs.

    9. La voie. Ce qu'est vraiment la vie spirituelle et ce qu'elle n'est pas. Action dans le monde plutôt que renoncement au corps, aux plaisirs et à la vie.

    10. Ultime accomplissement. Le but du processus de régénération, union entre l'homme intérieur et extérieur, communication et conjonction avec le Divin et son royaume de lumière.

    11. Correspondance. Le lien qui relie Nature et Esprit, la vie biologique et celle de la conscience, sur la voie de sa maturation et de la sagesse.


    Il s'agit d'un résumé de quelques points essentiels, parmi ceux développés dans ces pages. Pages qui sont loin de couvrir l'ensemble des sujets liés à cette vaste question. Il faudrait, pour une vision plus complète et approfondie, y consacrer un ouvrage entier.

   Ces pages nous en offrent malgré tout une cartographie assez fidèle, dont les termes gagneront certainement à être traduits dans un langage plus moderne, et dont il faudra aussi pouvoir transposer les principes essentiels dans le domaine de la vie courante.

     Pour terminer, développons un dernier schéma, qui fasse la synthèse, en quelques termes simples, de ce qui a été dit et décrit dans tous ces chapitres, ainsi que des différents tableaux qui les complètent (chap. 3, 8 et 11).

 


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