Aujourd'hui il est à peine quelqu'un qui sache
ce que sont les combats spirituels.

Avant qu'il y ait un commencement de mise en ordre,
il est nécessaire qu'il y ait d'abord
un état de profonde confusion et de chaos.

   
 
 

Les combats

    Les maux héréditaires, bien que latents, n'apparaissent qu'au fur et à mesure que nous grandissons. Bien que l'homme naisse dans le mal héréditaire qu'il tire de son père et de sa mère, néanmoins ce mal ne se manifeste pas avant qu'il soit adolescent. Avant cette époque, et particulièrement dans le premier âge de l'enfance, il reste caché et latent, de là cet état d'innocence. Personne n'est coupable pour le mal héréditaire, mais chacun le devient lorsqu'il agit d'après sa raison et sa propre volonté.

 (AC 4563)

    Voici ce qui se passe chez ceux qui doivent être régénérés, ils sont d'abord dans un état de tranquillité, cet état est produit par un état intérieur de paix divine. Tout homme est aussi dans un état de tranquillité au commencement de sa vie ou dans l'enfance, mais autant l'homme avance dans la vie et grandit, autant il s'éloigne de cet état. C'est parce qu'il se livre aux sollicitudes de l'amour de soi et du monde. Il en est de même de la vie nouvelle de l'homme qui est régénéré, au commencement il y a en lui un état de tranquillité, mais à mesure qu'il passe dans la vie nouvelle, il passe dans un état de trouble, car les maux et les faux, dont il avait été antérieurement imbu, surgissent et se montrent.

 (AC 3696)

    Aujourd'hui il est à peine quelqu'un qui sache d'où viennent les combats spirituels, celui qui les subit croit seulement que ce sont des angoisses produites par les maux qui sont intérieurement chez l'homme, et qui causent d'abord de l'inquiétude, ensuite de l'anxiété, et enfin des tourments. Il ignore absolument qu'elles sont le fait des mauvais esprits qui sont en lui, et s'il ne le sait pas, c'est parce qu'il ne croit pas qu'il puisse être dans la compagnie des esprits tandis qu'il vit dans le monde, et qu'il croit à peine qu'il y a quelque esprit chez lui. Cependant l'homme est continuellement, quant à ses intérieurs, dans la société des anges et des esprits. C'est ce combat qui chez l'homme est perçu comme tentation, mais si obscurément qu'à peine sait-il autre chose, sinon que c'est seulement une anxiété, car l'homme, est dans un état absolument obscur, et aperçoit à peine la millième partie des choses au sujet desquelles combattent les mauvais esprits et les anges. Les combats spirituels ont principalement lieu quand l'homme est en voie de régénération. Ils le précipitent dans des états d'anxiété et très souvent dans le doute jusqu'au désespoir. De là viennent ces tourments qu'on nomme crises de conscience.

 (AC 5036)

    L'homme naturel est par lui-même contraire à l'homme spirituel, et dans une si grande discordance, qu'il lui est absolument opposé. En effet l'homme naturel ne considère et n'aime que lui-même et les biens de ce monde, tandis que l'homme spirituel ne se considère et ne considère le monde qu'autant que cela contribue aux autres et à la société, ainsi qu'à la réalisation des valeurs spirituelles. D'après le peu qui vient d'être dit, on peut voir que l'homme naturel et l'homme spirituel sont opposés dans leurs fins. Ils peuvent néanmoins être conjoints, ce qui arrive lorsque les choses qui appartiennent à l'homme externe sont subordonnées et servent aux fins de l'homme interne.

(AC 3913)

    L'homme externe ou naturel règne dès le premier âge de la vie, et il ne sait pas qu'il y a un homme interne ou spirituel. Lorsque donc l'homme est régénéré, et que de naturel il commence à devenir spirituel, le naturel se révolte d'abord quand il comprend qu'il va être soumis et que toutes les convoitises avec les choses qui les confirment doivent être extirpées, il s'imagine qu'il va de la sorte entièrement périr.

(AC 5647)

    Il s'élève un combat entre les deux, et alors celui qui est vainqueur domine sur l'autre. Il s'élève donc une dissension entre la volonté nouvelle qui est au-dessus et la vieille volonté qui est au-dessous, et entre les plaisirs de l'une et les plaisirs de l'autre.

 (VRC 596 à 600)

    Avant qu'il y ait un commencement de mise en ordre, il est tout à fait normal que tout soit d'abord dans un état de confusion et de chaos. De cette façon, les choses qui ne sont pas bien cohérentes entre elles sont séparées pour être ensuite remises en ordre. S'il n'y avait pas dans l'atmosphère des tempêtes pour dissiper les corps hétérogènes, jamais l'air ne pourrait être purifié.

(AC 842)

    Nous allons à présent parler de l'état de solitude dans lequel sont ceux qui sont en voie de régénération et de leur restauration. Ceux qui sont régénérés sont d'abord réduits à l'ignorance du vrai et à la désolation, à l'anxiété et au désespoir. Les gens de nos jours ne savent pas que lorsqu'ils sont régénérés, ils sont amenés dans un état d'isolement, de mal-être et de désespoir, et que c'est seulement alors qu'ils peuvent recevoir aide et réconfort de la part du Divin. Le sens de cette désolation, c'est principalement de pouvoir briser les croyances qu'ils se sont formées par leur propre, afin qu'il puissent s'ouvrir à quelques perceptions de ce qui est bon et vrai. Personne en effet ne peut percevoir ce que c'est que le bien, ni même ce que c'est que la béatitude et le bonheur, s'il n'a d'abord été dans l'état de non-bien, de non-béatitude et de non-bonheur.

(AC 2694)

    Les maux ne peuvent pas être éloignés à moins qu'ils ne se montrent. Il est entendu par là non pas que l'homme doive faire les maux pour cette fin qu'ils se montrent. Cela veut plutôt dire qu'il doit se sonder lui-même en profondeur, examiner non seulement ses actes mais aussi ses pensées et ce qu'il ferait s'il ne craignait ni les lois, ni la perte de son honneur. C'est pour que l'homme puisse se sonder ainsi, que l'entendement lui a été donné, afin qu'il puisse savoir, comprendre et reconnaître quelle est sa volonté, ou ce qu'il aime et ce qu'il désire, et que d'après cette pensée supérieure il puisse voir ce qui anime intérieurement sa volonté.

 (DP 278)

    Lorsque nous sommes engendrés de nouveau, nous sommes tenus dans une sorte de bien intermédiaire. Ce bien sert à ouvrir la voie aux choses véritablement bonnes et vraies. Ces biens servent à préparer la voie en nous vers des biens et des vrais encore plus profonds. Une fois que ces biens et ces vrais intermédiaires ont été introduits, l'homme en est par la suite séparé.

(AC 4063)

    En effet, il leur est insinué par le Divin de tourner leur pensée vers les questions spirituelles et la recherche de vérité. Mais comme ils pensent encore par leur propre, ils ne peuvent faire autrement que d'errer çà et là et de tomber dans certaines erreurs, tant en esprit que dans la vie. Ils prennent pour vérité ce qui leur a été inculqué depuis l'enfance, ou qui leur a été enseigné par d'autres, outre qu'ils sont entraînés par diverses affections qu'ils ignorent.

    Ils sont comme des fruits encore immatures, dans lesquels ne peuvent être introduites en un moment, la forme, la beauté, la saveur. Ils sont comme de tendres tiges qui ne peuvent en un instant entrer en fleur ou en épi.

    Mais les choses qui entrent alors, bien qu'elles soient pour la plupart erronées, sont néanmoins de telle nature, qu'elles servent à faire avancer la croissance. Ces choses, à mesure qu'avance la régénération, sont ensuite en partie séparées, en partie conservées, comme un terreau nourricier pour les cycles suivants. Servant à l'édification des spirituels, elles sont de continuels moyens pour la régénération, moyens qui progressent dans un enchaînement et un ordre perpétuels. Le Divin pourvoit jusqu'aux choses les plus infimes dans l'homme, et cela, autant qu'il est possible, pour son bien, et autant qu'il se laisse conduire par lui, ceci en vue de son futur devenir éternel.

 (AC 2679)

    Lorsque l'homme est régénéré il ne l'est point à la hâte, mais lentement, et cela, parce que toutes les choses que depuis son enfance l'homme avait pensées, projetées et faites, se sont ajoutées à sa vie et l'ont faite, et qu'elles ont ainsi formé entre elles un tel enchaînement, que l'une ne peut être éloignée à moins que toutes ne le soient en même temps. La régénération ou l'implantation de la vie du ciel dans l'homme commence dès son enfance et dure jusqu'au dernier instant de sa vie dans le monde, pour être ensuite perfectionnée durant l'éternité.

(AC 9334)

 
 

    Les combats spirituels sont, comme nous venons de le voir, indispensables à toute régénération, puisque c'est à travers eux que nous nous confirmons intérieurement dans la voie de cette transformation intérieure, ou non. Les maux héréditaires, dont nous avons hérité à travers notre lignée humaine, prennent alors tout leur sens. Ils n'ont en soi qu'une incidence relative, sous condition qu'ayant pleinement pris possession de nous-mêmes à travers notre double faculté de jugement et d'intentionnalité, c'est-à-dire de liberté, nous ne nous soyons point confirmés en eux. Ce qui ne peut être que le fait d'un homme "adulte", au sens de responsable de lui-même. Raison pour laquelle dans nos sociétés, les mineurs ne sont généralement pas justiciables au même titre que les adultes, et qu'une réponse plutôt éducative leur est souvent assignée.

    Doute, crise de conscience, désespoir, tourments, trouble, inquiétude, anxiété, angoisse, et même dissension, révolte, confusion, chaos, solitude, mal-être, errance, sentiment de mort, etc. Swedenborg ne manque pas d'expressions pour décrire cet état de crise intérieure par lequel tout homme, qui s'engage sur la voie de sa régénération, doit passer. Etat qu'il nomme, "désolation" et "vastation", ou en un seul mot, "dévastation". Voici quelques extraits de son oeuvre qui feront mieux comprendre le sens de ces difficiles mais nécessaires épreuves de "vastation intérieure" :

    La vastation de l'homme précède la régénération. Avant que l'homme puisse savoir ce que c'est que le vrai et être affecté par le bien, les choses qui forment obstacle et opposition doivent être écartées, ainsi le vieil homme doit-il mourir avant que l'homme nouveau puisse être conçu.

(AC 18)

    Il y a désolation quand les vrais manquent et vastation quand les biens manquent.

(AC 5360)

    La raison de cette désolation et de cette vastation, est principalement celle de pouvoir briser le persuasif formé par le propre. Ceci afin d'être conduit dans la connaissance de ce point, que rien du bien ni rien du vrai ne vient de soi-même ou du propre, mais que tout bien et tout vrai procèdent du Divin. L'état d'anxiété et de douleur jusqu'au désespoir opère cela.

    Personne, en effet, ne peut percevoir ce qu'est le bien, la béatitude et la félicité, s'il n'a pas d'abord été dans l'état de non-bien, de non-béatitude et de non-félicité, et ce sont là les raisons de cette désolation et de cette vastation.

    C'est alors seulement que l'on peut commencer à recevoir du Divin, secours et consolation.

(AC 2682, 2694)

    Les vastations se font afin d'être aussi dépouillé des terrestres et des mondains, afin que les maux et les faux soient repoussés, et qu'ainsi il y ait un passage pour l'influx des biens et des vrais procédant du Divin par le Ciel.

(AC 7196, 7122)

Ces vastations se font de diverses manières, selon l'adhérence des maux et des faux, et durent en raison de la qualité et de la quantité de ces maux et de ces faux.

(AC 1106-1103)

    Retraduisons dans un langage plus moderne ce que Swedenborg entend par là. Le sens premier de cette épreuve de "vastation intérieure", est celui de pouvoir briser en nous les pouvoirs de l'égo, le sentiment de notre propre suffisance, notre prétention à croire tout connaître et tout savoir. Briser aussi en nous les valeurs par trop extérieures et superficielles qui accaparent l'essentiel de nos préoccupations, de nos pensées et de nos activités. Elle n'a pas seulement vocation à briser en nous les pouvoirs d'ignorance et de cupidité, mais aussi et surtout celle de nous ouvrir à la transcendance intérieure, à ce qui en nous, et autour de nous, nous dépasse totalement, le sacré des pouvoirs de vie, de mort et de renaissance, le mystère, au plus intime de nos êtres, de cette présence divine vers laquelle il importe tant de pouvoir nous tourner.

    Car là seulement est la source véritable de tout bonheur et de toute connaissance. Le but de notre existence n'est donc pas celui d'atteindre à un quelconque bonheur terrestre, mais bien plutôt celui de grandir en tant que conscience, de mûrir en tant que personne, afin non pas tant de "réussir" dans la société, que d'accomplir bien plutôt notre destin, ce qui est évidemment une toute autre histoire.

    C'est un long et difficile chemin, qui n'est de fait pas accessible à tout le monde, et Swedenborg le souligne à plusieurs reprises dans son oeuvre. Cette sagesse qui descend d'en-haut vaut bien plus que tout l'or et tous les diamants réunis de ce monde. Et la voie qu'elle représente est une épopée sans nom, un chemin sans fin.

    Voyons à présent quels sont les moyens et les leviers secrets que cette transformation utilise pour sortir la grosse pierre qui obstrue le passage à la lumière en nous.

 


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