Chez l'homme régénéré il y a conscience.

L'homme régénéré passe de l'état de servitude
dans l'état de réelle liberté.

 

 
 
 

Ultime accomplissement

    Quand l'homme a été régénéré, il vient pour la première fois dans l'état de liberté, auparavant il était dans l'état de servitude.

(AC 892)

    Chez l'homme régénéré il y a une conscience du bien et du vrai, c'est d'après cette conscience qu'il agit pour le bien et qu'il comprend le vrai. Chez l'homme non régénéré il n'y a pas cette conscience, sinon que celle d'agir pour le bien et de penser le vrai d'après l'amour de soi et du monde, ce qui fait que cette conscience est mitigée et fausse. Chez l'homme régénéré il y a joie quand il agit selon sa conscience, et anxiété lorsqu'il est contraint de faire ou de penser quelque chose contre sa conscience. Il n'en est pas de même chez l'homme non régénéré, la plupart ne savent pas ce que c'est que la consience, ils agissent en fonction de ce qui favorise leurs amours et de là leurs joies. Chez l'homme régénéré il y a une volonté nouvelle et un entendement nouveau, et cette nouvelle volonté et ce nouvel entendement sont sa conscience. Chez l'homme régénéré, l'homme interne domine et l'homme externe lui est soumis, tandis que chez l'homme non régénéré, l'homme externe domine, l'homme interne reste inactif, comme s'il n'existait pas. L'homme régénéré sait ce que c'est que l'homme interne et l'homme externe, mais l'homme non régénéré l'ignore complètement. Chez l'homme régénéré il y a une vie céleste et spirituelle, tandis que chez l'homme non régénéré il y a seulement une vie corporelle et mondaine.

(AC 977)

    Lorsque l'homme est régénéré, l'homme interne est conjoint avec l'homme externe de façon à ce que les deux ne fassent plus qu'un, et c'est là "être de nouveau engendré".

  (AC 3913 ; VRC 326)

  Voici ce qui se passe chez ceux qui doivent être régénérés : ils sont d'abord dans un état de tranquillité ou un état de paix externe. Cet état provient d'un état de paix Divine, qui se trouve au plus intime de notre être. Au commencement de la nouvelle vie chez l'homme qui est régénéré, il y a un tel état de paix, mais à mesure qu'il passe dans la vie nouvelle, il passe par un état de grand trouble intérieur. Les maux et les faux, dont nous avons antérieurement été imbus font surface et se manifestent. Ils nous éprouvent avec force, au point de nous précipiter dans des épreuves et des combats contre les forces qui cherchent à détruire cette nouvelle vie en nous. Malgré cela l'état de paix reste intimement présent en nous, s'il en était autrement nous n'aurions ni l'énergie, ni la force de combattre. Nous le concevons alors continuellement comme le but à atteindre, et c'est par là aussi que nous sommes vainqueurs. Comme cet état de paix est le but, nous venons dans cet état après les épreuves et les combats. Cet état de paix dans les spirituels est alors comme le printemps qui succède à l'automne et à l'hiver, ou comme l'aurore qui survient après le soir et la nuit.

(AC 3696)

    On ne peut savoir quelle est la tranquillité de la paix de l'homme externe, lorsque cesse le combat ou le trouble que causent les cupidités et les faux, si l'on ne connaît l'état de paix. Cet état est si délicieux qu'il surpasse toute idée de plaisir. Ce n'est pas seulement une cessation de combat, mais une vie qui prend sa source dans un sentiment de paix intérieure qui affecte l'homme tout entier, au point qu'elle surpasse tout ce qui peut être décrit. C'est alors que naissent les vrais de la sagesse et les biens de l'amour qui tirent leur vie du plaisir de la paix.

 (AC 92)

  Quand l'homme est régénéré, cela se fait au moyen des plaisirs, afin qu'il puisse être progressivement amené dans l'homme nouveau. Il faut bien comprendre que l'homme qui est régénéré n'est point privé du plaisir des sens et du mental naturel, car après la régénération il jouit pleinement de ces plaisirs, et plus pleinement même qu'auparavant, sauf que les voluptés antérieures sont éloignées, et qu'à leur place sont insinuées de nouvelles voluptés d'origine spirituelle, ce qui se fait par les sociétés d'anges et d'esprits avec lesquelles l'homme, à travers les sentiments et les pensées qui l'animent, est conjoint.

 (AC 4063, 8413, 4067)

   La paix Divine existe d'après la conjonction du Divin avec l'homme qui est régénéré. Cette conjonction se fait lorsque le bien et le vrai s'unissent en lui, ce qui arrive surtout après les combats. Il entre alors dans un état de plaisir qui procède de la paix spirituelle. Cette paix peut être comparée à l'aube et au matin au printemps, lorsque la nuit passée, le soleil se lève et que tout ce que produit la terre commence à revivre, que les parfums de la végétation se répandent de toutes parts par l'effet de la rosée qui descend du ciel, ce qui remplit de délices l'esprit des hommes.

 (CE 289)

    Pour que l'homme soit régénéré, il faut que son naturel devienne comme rien, c'est-à-dire qu'il n'ait plus aucun pouvoir en soi. Il est nécessaire que l'homme externe soit soumis et que le spirituel domine. Il faut que le vieil homme soit dépouillé pour que le nouveau soit revêtu. Quand l'homme naturel est devenu comme rien, l'homme est gratifié d'un nouveau naturel appelé naturel-spirituel. Spirituel en ce que c'est le spirituel qui agit par lui et se manifeste par lui, comme la cause dans l'effet. Il est connu que la cause est le tout de l'effet, de là le nouveau naturel quant à penser, vouloir, et agir. L'homme est alors comblé par le Divin de biens et de vérités pour être perfectionné en intelligence et en sagesse et comblé de bonheur pour l'éternité.

(AC 5651)

 
 

   Que l'on entre dans cette vision ou pas, les esprits matérialistes, rationalistes ou athées, ont moins de chance d'y être réceptifs, on ne pourra manquer, en tous les cas, d'être frappé par la cohérence de sa vision. Le fait aussi qu'il se répète sans cesse, amenant pourtant à chaque fois des choses nouvelles, montre que son discours est vivant. Il donne souvent l'impression de chercher à décrire une réalité infiniment complexe et relativement indescriptible. Finalement, et de façon inattendue, il s'en sort avec brio, égrenant des phrases qui percutent avec force et beauté :

« Cet état est tellement délicieux qu'il surpasse toute idée de plaisir. C'est une vie qui prend sa source dans un sentiment de paix intérieure qui affecte l'homme tout entier, au point qu'elle surpasse tout ce qui peut être décrit ».


   C'est indescriptible et pourtant l'on comprend ou l'on pressent clairement ce qu'il cherche à décrire. Si la régénération, en tant qu'accomplissement, est comme il l'a décrite, la conjonction en nous du bien et du vrai, de l'amour et de la sagesse, de l'homme interne et de l'homme externe, de l'humain et du Divin, on comprend aisément qu'elle produise un état de béatitude et d'extase sans nom.

    Ce n'est pas un point d'arrivée, il n'y en a pas, le chemin est éternel, sans fin. Les degrés de sagesse et de perfectionnement personnel, ainsi que d'union avec le principe créateur, sont eux aussi sans fin. Il s'agit plutôt d'un seuil, non pas d'un ultime accomplissement, mais seulement d'un ultime commencement, car c'est le moment où l'homme devient enfin vraiment Humain. Il est en contact avec la source de vie Divine, qui est en lui et autour de lui, pleinement ouvert et réceptif au courant d'un amour et d'une sagesse unis, comme le sont aussi son être intérieur et son moi terrestre. L'extérieur et l'intérieur ne font plus qu'un, l'homme naturel a été entièrement transformé, spiritualisé. Il est à présent l'expression parfaite de ce qu'il est et de ce qu'il porte de plus haut en lui-même.

     Peu d'hommes atteignent ce niveau de réalisation en ce monde. La plupart ne le réalisent que dans l'au-delà car c'est un chemin qui nécessite beaucoup de temps. Les conditions d'évolution y sont aussi plus propices. Ce qui importe, c'est d'y aspirer et d'y tendre constamment, les réalisations sont données au fur et à mesure, petit à petit, étape par étape, en fonction de notre avancement intérieur et de notre degré de maturation.

    Mais ne nous méprenons pas, régénération n'est pas synonyme de développement personnel. Il ne s'agit pas d'une réalisation, par soi et pour soi, mais d'une vie de renoncements intérieurs et de don de soi, motivée par un amour et une reconnaissance véritables pour le Divin, ainsi qu'un grand respect pour tout ce qui est, du plus petit grain de poussière à l'univers tout entier, en passant par tous les êtres et toutes les choses qui font ce monde.

    C'est donc une voie sur laquelle tout être humain sans exception, chemine, c'est indéniable. Il suffit de considérer n'importe quel film ou livre pour s'en convaincre. Chaque histoire, qu'elle soit vraie ou fictive, ne traite que de la régénération de l'homme et de son contraire, il faut être aveugle pour ne pas le voir. En même temps, bien que tous, sans exception, marchent sur la voie de leur régénération, il est certain que le moment où nous en prenons vraiment conscience et où nous nous engageons pleinement en elle, n'est pas le fait de tous ici-bas. Ce n'est pas non plus si rare que cela, mais certainement pas la règle générale. Il y a peu d'hommes qui marchent consciemment sur la voie de l'éveil intérieur, et encore moins qui soient spirituellement éveillés ou réalisés.

    La conscience de beaucoup reste dominée par les pouvoirs du "petit moi", et presque constamment immergée dans le monde extérieur. Peu dépassent dans leur vision et leur aspiration le domaine du moi, du mental et du corps, pour atteindre celui de l'esprit et de l'âme. C'est ainsi, et cela a certainement son sens, Swedenborg ne dit-il point que la Terre est la pépinière des hommes ? Nous y sommes ensemencés, nous y germons et y croissons pour devenir de jeunes plants. De cette serre qu'est ce monde, nous sommes ensuite transplantés dans le jardin, qui est le monde spirituel, afin d'y croître, d'y fleurir et d'y fructifier vraiment.

    Ceux qui ont la chance, dès cette vie terrestre de vivre leur seconde naissance, de pouvoir connaître le Divin, de pouvoir cheminer longtemps et d'acquérir cette sagesse qui vient du dedans, ont souvent la vocation de nous l'enseigner ensuite pour nous préparer à la voie, nous initier en elle et, dans une certaine mesure, de nous y guider. Sans aucun doute, Swedenborg fait partie des plus grands maîtres dans ce domaine.

    Voyons maintenant ce qu'il nous dit concernant l'universalité de cette voie de la régénération et les nombreuses correspondances qui existent entre elle et tout le théâtre qui la met en scène, à savoir le monde et le cosmos tout entier.

 

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