« Alors je vis un Ciel nouveau et une Terre nouvelle.
Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle.
Je la vis descendre du Ciel d'auprès de Dieu,
prête comme une fiancée qui s'est parée pour son époux.

Et j'entendis une voix forte qui disait :
Voici la demeure de Dieu avec les hommes.
Il demeurera en eux. Ils seront ses peuples
et lui, sera le Dieu qui est avec eux.

Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance.
Il essuiera toute larme de leurs yeux
car la mort ne sera plus.

Il n'y aura plus de nuit,
et ils n'auront plus besoin de la lumière des lampes,
ni de celle du soleil, car le Divin répandra sur eux sa lumière
et ils vivront éternels dans les éternités. »

                                                                
   (Ap 21: 1-4 ; 22 : 5)

 

 
 



L'achèvement des mondes

   La fin première et dernière du Divin, c'est la régénération et la vie éternelle des hommes.

(VRC 152)

    La fin de la Création est que toutes choses retournent au Créateur, et qu'il y ait conjonction. La fin universelle de toutes les choses de la Création, c'est qu'il y ait une conjonction éternelle du Créateur avec l'Univers créé.

    Cette conjonction n'est possible qu'à condition qu'il y ait des sujets dans lesquels le Divin du Créateur puisse être comme en soi, ainsi dans lesquels il puisse habiter et demeurer. Ces sujets, pour qu'ils soient ses habitacles et ses demeures, doivent être des réceptacles de son amour et de sa sagesse, et ainsi s'élever vers Lui et se conjoindre avec Lui. Sans ce réciproque il ne pourrait pas y avoir de conjonction.

(DA 167, 169)

    Tout l'univers avec ses myriades d'étoiles et de Terres, est seulement un moyen pour une fin. La fin même de cette création n'est autre que celle de former un Ciel angélique composé du genre humain, par conséquent une humanité en qui Dieu puisse habiter comme dans son réceptacle. C'est donc pour cette raison que l'homme a été créé, "image de Dieu", ou "forme de l'ordre Divin".

(AC 6698 ; VRC 66, 773, 65)

    Puisque la fin de la création de l'univers est le Ciel angélique provenant du genre humain, ainsi l'homme ou le genre humain l'est aussi, puisque de lui est composé le Ciel. Il s'ensuit que toutes les choses qui ont été créées sont des usages qui montent par degrés depuis les derniers jusqu'à l'homme, et par l'homme jusqu'au Divin créateur, de qui tout procède.

(DA 327, 330)

    Le Divin a créé l'univers non pour lui-même, mais pour ceux avec qui il doit être dans le Ciel, car l'amour est tel, qu'il veut donner ce qui est sien à autrui, et autant il peut le faire autant ils sont dans sa paix et sa béatitude. Ainsi le Divin a pour fin un Ciel composé d'hommes devenus anges, auxquels il puisse donner toutes les béatitudes et toutes les félicités qui appartiennent à son Divin amour et sa Divine sagesse.

(DP 27)

 

    On peut croire ou ne pas croire ce que Swedenborg nous dit, la question n'est d'ailleurs pas là. Il s'agit plutôt de faire l'effort, dans un premier temps, d'entrer dans sa vision, jusqu'à en saisir toute la logique de l'intérieur. C'est dans un deuxième temps que l'on pourra alors se poser la question de savoir ce qu'une telle vision peut nous apporter. De quelle façon est-elle capable d'enrichir notre perception et notre compréhension de la réalité qui nous entoure ?

    Sa vision d'ensemble ne manque ni d'ampleur, ni de profondeur, ni de hauteur, et encore moins d'intelligence, reconnaissons lui au moins cela. Elle rend aussi plus compréhensible et donc plus plausible, l'héritage de la double alliance. Celle de l'Ancien et du Nouveau Testament, "testament" qui devrait mieux être traduit par : "alliance". Ces deux volumineux recueils de livres sacrés qui constituent la Bible, prennent, dans la perspective de Swedenborg, une autre dimension. Ce ne sont plus seulement des textes qui ont une valeur historique, du fait qu'ils racontent une histoire, dans un langage encore très imprégné de mythologie. Une histoire qui prend une valeur de sacré, du fait qu'elle développe le scénario d'une intime relation entre l'homme et le Principe créateur de l'univers.

   Ces textes, nous dit Swedenborg, sont sacrés parce qu'ils sont écrits dans la "langue des correspondances". Correspondances, en vertu desquelles ces textes parlent d'abord de notre histoire personnelle, de celle que nous sommes à vivre en ce moment même ! De celle aussi de l'humanité entière, de son origine à sa fin. Fin, qu'il ne faut pas entendre ici au sens d'une finalité terminale, mais au sens plutôt d'un but, d'une raison d'être et d'exister, celui pour l'homme d'un achèvement et d'un accomplissement ultime en Dieu. C'est "le point Oméga" vers lequel tout tend et tout converge en secret, le point de jonction et d'union "finale" de toute humanité et de toute l'humanité, ce que les théologiens nomment la "promesse eschatologique", ou encore " la parousie finale".

     Nous avons vu au début de cette présentation que l'homme avait été créé réceptacle de l'énergie créatrice de Dieu. Nous avons vu ensuite comment il lui faut encore le devenir en actualité, et comment cela ne peut dépendre que de lui, de sa liberté et de sa volonté. Après le combat pour la vie et celui pour la sur-vie, voici venu le temps de la victoire de la lumière sur les ténèbres, de la victoire des forces de vie sur les forces négatives et destructrices en nous.

    C'est le temps béni du grand retour, de la réintégration à l'état d'unité primordiale avec le grand Un. Nous devenons ce que nous n'avons en vérité, au plus secret de notre être, jamais cessé d'être, "lumière dans la Lumière", "un dans l'Un". Il ne s'agit pour autant ni d'une désintégration dans le grand tout, ni d'une dissolution de la conscience individuelle en Dieu, ni d'une osmose fusionnelle avec Lui. Nous ne faisons plus qu'un avec la source Divine, certes, mais "distinctement un" ! Il s'agit plutôt d'un partenariat, comparable, pour reprendre les termes symboliques de l'Apocalypse, à celui d'un époux et d'une épouse, d'un mariage spirituel et éternel avec le Dieu qui est en nous et avec nous.

    Il n'y a rien de plus grand que l'humain puisse espérer et rêver que la promesse d'une telle destinée. La réalité dépassant toujours infiniment tout ce qu'il nous est possible d'imaginer, ayons donc la sagesse de placer notre confiance dans une vision qui nous grandit, plutôt qu'en celle, beaucoup plus improbable, qui nous réduit seulement à une poignée d'atomes pensants bientôt dispersés par le vent.

    De plus en plus d'astro-physiciens, de biologistes et d'anthropologues nous disent que le scénario de cet univers, celui de l'évolution de la vie sur Terre, et celle des hominidés, ne sont possibles qu'en vertu d'un "réglage" des paramètres cosmologiques et évolutifs, tellement fin et tellement improbable, qu'il serait comparable à celui d'un horloger du plus haut niveau, et même d'un véritable artiste !

    Seule une "intention", infiniment attentive et bienveillante, est capable de générer un tel monde, d'accomplir une telle oeuvre. Si, à l'arrière-plan des choses, il existe une telle "intention créatrice", c'est qu'il y a certainement aussi une forme de "projet créationnel". Pour Swedenborg, c'est celui de cette union totale entre l'humain et le Divin, entre le Créateur et sa créature.


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